Achetez moins d'assurances!



Psychologiquement, nous sommes bien plus à même de faire face à une mauvaise situation que nous le pensons à priori. Nous avons en effet tendance à surestimer risques et gravité potentielle (au moins du point de vue de l'impact psychologique que cela aura sur nous) d'un mauvais évènement, comparativement à ce qu'il se passe en réalité. Une aubaine pour les assurances qui jouent de cet atout pour susciter la peur, l'appréhension, afin de nous refiler en douce quelques garanties supplémentaires qui se révèleront inutiles, si ce n'est pour ces assurances...

L'aversion au risque augmenterait-elle notre paranoïa?

Pourtant, personne n'aime perdre. Que ce soit de l'argent, que ce soit la santé, que ce soit des objets ou des situations. Dans toute circonstance, nous détestons même plus fortement les pertes, que nous aimons les gains : ce phénomène est nommé l'aversion au risque, décrit d'ailleurs par deux psychologues sociaux, Kahneman et Tversky, auquel il aura valu le prix Nobel d'économie.

Or, les services d'assurances ont étonnamment bien compris le phénomène, dont elles jouent notamment dans leur présentation, par exemple, en proposant leurs services en terme de perte, et non de gains : "Inquiet de vous faire voler?" (plutôt que, par exemple, "souhaitez vous protéger vos biens?"), "Voulez vous éviter un désastre?", "Préparez vous à faire face aux maladies", etc... pour ensuite vous asséner : "Ne vous inquiétez plus, telle assurance va vous garantir..."

Bref, on aura compris, les assurances jouent sur nos peurs et notre aversion au risque et aux pertes. De fait, une grande majorité des publicités pour les services d'assurance fonctionne comme ceci : créer un besoin (généralement en suscitant la peur), puis proposer un service permettant de le satisfaire. C'est là un point paradoxal et une méthode particulièrement insidieuse, car l'assurance est sensée vous garantir la "Paix de l'esprit" - tout en générant préalablement des pensées stressantes dans le but de vous pousser à choisir leur service, afin pour vous de lutter contre cette appréhension psychologique qu'elles font naître!

Mais l'on peut se demander comment nous réagirions vraiment (du point de vue psychologique) face aux évènements décrits : serions-nous si troublés, autant que nous l'imaginerions, si les choses tournaient effectivement mal? Avons-nous réellement besoin de cette tranquillité d'esprit et donc de tous ces extras que les assurances essaient de nous vendre?

Le piège des garanties supplémentaires

La recherche en psychologie répond tout simplement : la réalité, c'est que les mauvais évènements sont souvent moins graves et ont moins d'impact (du point de vue psychologique!) que ce à quoi nous nous étions attendus. Et la cause en serait un système psychologique efficace pour contrer le ressenti des mauvais aléas de la vie, une sorte de système immunitaire psychologique qui, à l'instar de notre véritable système immunitaire, nous protègerait des gros coups de blues.

Comme le montrent Gilbert et al (1998), lorsque nous tentons de prédire combien les évènements négatifs vont nous affecter, et vont affecter notre moral, nous sommes réellement et quasi-systématiquement très pessimistes. Pourquoi? l'une des hypothèses tient au fait que notre inconscient travaille sans relâche à réduire l'impact psychologique des mauvais évènements. Or, puisqu'il s'agit de notre inconscient, nous n'en avons évidemment pas conscience, et envisageons consciemment les choses et notre réaction face à elles, sous un angle beaucoup plus noir que ce qu'il se produira en réalité.

Inconsciemment, nous rationalisons, nous évitons de nous blâmer pour nos décisions, nous cherchons des excuses ou des raisons indépendantes qui expliquent nos malheurs... Ainsi, nous finissons par nous sentir beaucoup moins mal quand le mauvais évènement se produit, que ce que nous avions envisagé en y pensant auparavant. Finalement, et c'est là une donnée psychologique démontrée, nous sommes généralement beaucoup plus fort psychologiquement, que nous le prévoyons.

Ce qui ne signifie pas que les assurances n'ont aucune valeur ou aucun sens! Nous avons besoin d'assurances pour protéger nos biens et notre santé. Mais les garanties supplémentaires se révèlent quant à elles, souvent une perte de temps et d'argent, de même que le sont les assurances non-vitales, par exemple, consistant à protéger un objet non-vital que nous ne voudrions pas perdre. En fait, même si l'objet est perdu, cassé, volé... nous ne regretterons pas de ne pas l'avoir assuré, autant que nous pourrions le penser lorsque le vendeur de l'assurance nous pousse à prendre peur de la perte de cet objet.

Pourquoi donc prendre l'assurance en cas non-nécessaire? Il semble qu'il vaille mieux s'assurer de garder son argent, prendre le risque pour l'objet. Dans le pire des cas, nous aurons beaucoup moins de regrets que ce à quoi nous nous attendions. La vie est une loterie, mais ne vous inquiétez pas, vous saurez faire face aux mauvais tirages bien mieux que vous ne le pensez!