Cours : Apprentissage indirect : observation, imitation, co-action



Si l'apprentissage direct fut largement étudié lors de l'élan découvreur du béhaviorisme, certaines formes d'apprentissage mettant en jeu des structures cognitives plus élaborées allaient peu à peu investir le champs de la recherche sur l'apprentissage en psychologie cognitive. L'apprentissage indirect, c'est-à-dire grâce à l'enseignement, la réflexion personnelle, les pairs... constitue, on le sait désormais, une grande part de l'apprentissage humain. On le retrouve également chez les animaux, et pas forcément les primates évolués seulement, mais aussi chez des espèces jugées inférieures sur le plan de l'évolution. Ainsi, l'apprentissage par observation a pu être montré, par exemple, en premier lieu chez les chats.


Apprentissage en situation sociale : (théorie cognitiviste)

Les situations d'apprentissage indirect ou en situation sociale, sont des apprentissages lors desquels on va pouvoir profiter des enseignements d'autrui, sans être obligé d'avoir l'expérience directe d'un comportement pour en connaître les conclusions. L'apprentissage concerne un ensemble de phénomènes ou l'organisme acquiert un nouveau comportement ou modifie un comportement déjà existant grâce à l'interaction sociale qu'il a eu avec un de ses congénères. L'interaction sociale ne concerne pas seulement les discussions entre voisins, ou entre élèves et professeurs. Il peut prendre la forme de l'observation (et de l'imitation), de l'apprentissage par procuration (télévision, cinéma). Il peut également prendre la forme d'un bon bouquin ou d'une soirée à refaire le monde entre amis.

Observation et imitation 

L'apprentissage par observation et imitation nécessite la présence d'un modèle, qui produit un comportement, et d'un apprenti qui observe. Le modèle n'a pas forcément l'intention de lui apprendre, c'est l'apprenti qui décide d'apprendre via le modèle. 

Un exemple illustrateur est l'une des premières expériences réalisées sur le sujet : un chat (Chat 1) occupe une cage de plexiglas, dans laquelle il est en mesure d'observer de visu, un de ses congénères (Chat 2), lui même enfermé dans une cage métallique. Or, si la cage métallique comporte plusieurs plateaux, certains d'entre eux sont régulièrement électrifiés. Après plusieurs essais infructueux (lors desquels le chat, électrifié, adopte un comportement bien reconnaissable de peur et de douleur...) et selon le modèle du conditionnement opérant, le chat enfermé dans la cage métallique finit par trouver quels plateaux ne sont jamais électrifiés (Chat 2 devient Chat 3 grâce à l'apprentissage), et ne se déplace plus que sur ceux-ci. Tout ceci, sous l’œil scrutateur de son congénère, qui l'observe depuis sa cage de plexiglas.

Lorsque l'on place un chat habitué (Chat 3) à ce genre de situation dans la cage électrifiée (conditionnement opérant), il se place alors tout de suite sur les bonnes plaques. Mais plus intéressant, le chat observateur (Chat 1), lorsqu'il est lui même placé dans la cage électrifiée, se place aussi rapidement sur les bonnes plaques (l'apprentissage est plus rapide qu'un chat (Chat 2) n'ayant ni observé, ni expérimenté auparavant cette cage électrifiée). L'explication est évidente : il (Chat 1) connaît mieux la situation que le deuxième (Chat 2 non habitué) mais un peu moins bien que le troisième (Chat 3 habitué). 

L'un des exemples écologiques (c'est-à-dire, qui s'est réellement passé hors d'un laboratoire) est une petite histoire de macaques habitant les îles de l'archipel du Japon. Ces singes n'avaient pas pour habitude de manger des pommes de terre, qui bien que nourrissantes, présentaient la désagréable tendance à coller les grains de sable de l'île. Or, manger des grains de sable est éprouvant pour les dents et donne des sensations désagréables lorsqu'ils crissent contre l'email. Un jour, une nuit peut être, l'un des singes eut l'idée de nettoyer les patates douces à l'eau de mer, ôtant ainsi le sable des tubercules, alors tout prêt à être savourés. Il ne fallut que peu de temps avant que l'ensemble de la colonie de macaques se mette à nettoyer toute pomme de terre à l'eau de mer pour débarrasser celles-ci de leur grains et les manger. A partir de l'exemple d'un de leurs congénères, tous se sont mis à laver des pommes de terre. Le côté intéressant de cette histoire et qu'elle prouve qu'il s'agit là d'une apprentissage social : ce n'est pas un comportement héréditaire (les autres macaques provenant d'autres îles n'avaient pas ce comportement, un macaque élevé dans une colonie qui ne connaissait pas le comportement, ne l'adoptait pas spontanément, même si ces parents absents avaient ce comportement), une seule génération de macaque a suffit pour que l'ensemble de la colonie apprenne le comportement, qui s'est ensuite facilement transmis à la descendance. Encore mieux : un singe laveur de patate, introduit dans une nouvelle colonie ne connaissant pas ce comportement, avait tôt fait de se faire remarquer lors de ses étranges ablutions. Toute la nouvelle colonie avait, là encore, tôt fait de reproduire le comportement...

Enseignement 

Contrairement à l'apprentissage par imitation, l'apprentissage par enseignement nécessite la volonté de transmettre de l'information pour que l'élève l'apprenne (l'information peut être : des connaissances, des comportements...). Le "Maître" ayant cette fois-ci la volonté d'apprendre à l'élève, l'apprentissage ne s'en révèle que meilleur : en effet, lorsque l'on veut transmettre des connaissances, plusieurs processus et phénomènes se mettent naturellement en place pour faciliter la passation de l'information. La connaissance est organisée, le comportement est produit de manière à être bien visible, les explications sont parfois plus qu'exhaustives... et en prime, il y'a souvent (mais pas systématiquement) un retour (feedback) entre l'élève et le maitre, permettant au maître d'ajuster ses techniques d'apprentissage. L'apprentissage par enseignement se rencontre sous la forme de documentaires, de cours magistraux, de livres...

Apprentissage co-actif 

La situation d'apprentissage co-actif est une véritable situation expérimentale, qui nécessite que deux ou plusieurs individus poursuivent simultanément et en présence les uns des autres, l'apprentissage d'un comportement donné. Dans cette situation, bien que n'ayant pas forcément des connaissances à priori sur le problème qui se présente, deux ou plusieurs co-actants (co-apprenants) sont confrontés à une situation nouvelle pour chacun mais s'en sortent mieux que s'ils étaient chacun seuls. 

La diversité des points de vue, la variabilité des connaissances auparavant accumulées, permettent nécessairement à chaque co-actant de résoudre la situation (compréhension, résolution de problème, etc...) plus vite ou au moins aussi vite que s'il était tout seul. L'un peut avoir une excellente idée pour résoudre une partie du problème, l'autre, une autre partie... Et globalement, l'apprentissage est plus rapide et plus robuste. Par exemple, faire un travail à plusieurs est généralement très gratifiant, et l'on apprend plus rapidement. Chacun bénéficie de certaines prédispositions de l'autre à l'apprentissage. 

Ce type d'apprentissage se connait sous l'aphorisme "Deux cerveaux valent mieux qu'un!". Un problème insoluble pour chacun des co-actants seul, peut l'être pour un groupe.