Cours : Comment analyser simplement et efficacement un texte scientifique?



Lorsque l'on entre tout juste en faculté de Psychologie, ou bien qu'on l'envisage, il peut être intéressant de s'initier dès les premiers moments à la lecture et la compréhension des textes et articles scientifiques dont les étudiants en années ultérieures sont censés savoir automatiquement reconnaître les grandes lignes.
Pour faciliter votre compréhension, ayez toujours à l'esprit la méthode d'analyse suivante :

1) Lisez le résumé et relevez le plan du texte.

Un article scientifique contient généralement un résumé (abstract) qui regroupe les informations principales de l'article (contexte, hypothèse, méthodologie, conclusions). Une fois le résumé lu, ou si aucun résumé n'est disponible, parcourez rapidement l'article pour évaluer sa pertinence et sa qualité, en même temps que vous vous familiarisez avec les idées globales proposées et le cheminement de la pensée des auteurs, à travers les titres des différents paragraphes.

Une recherche, une étude, et son compte rendu, se présentent généralement sous la forme d'une introduction partant du contexte global jusqu'aux précisions qui amèneront à l'hypothèse. Ensuite la méthodologie permet d'opérationnaliser cette hypothèse en lui donnant corps sous la forme d'une expérimentation. La méthode est expliquée et commentée. Viennent ensuite les résultats bruts et les premières conclusions, avec un minimum d'interprétation. Enfin, la discussion présente les conclusions, généralement dans le cadre théorique défendu par l'auteur, ainsi que des idées d'expérimentations ultérieures pour affiner la présente recherche, réinterpréter à la lumière de cette recherche, des recherches précédentes, ou en corriger les erreurs ou manques (ouverture).

Dans le cas d'articles qui n'ont pas visée de publication scientifique (par exemple, articles de quotidien ou de sites), il est intéressant de lister les paragraphes et leurs titres afin d'avoir une idée à priori du cheminement de l'article, et se lancer dans sa lecture tout en sachant où l'auteur veut aboutir. Un rapide survol permet également d'écarter les lectures qui n'auraient aucune cohérence interne : il y'a fort à parier que le contenu présente également cette incohérence!

2) Relevez l’hypothèse.

Les hypothèses constituent la raison profonde de la recherche, et la façon dont on va tester des intuitions, des théories. Elles vont permettre de fixer le but de l'article. 2 types d'hypothèses se présentent généralement, que l'on trouve souvent dans tout type d'article un tant soit peu sérieux : 
- une hypothèse générale ou théorique, expliquant à partir du contexte une information générale tentant d'expliquer (dans le cas d'une recherche en psychologie) un aspect de la psyché humaine ou de son fonctionnement, de manière relativement abstraite, et s'insérant dans le contexte des connaissances globales.
- une hypothèse opérationnelle qui représente concrètement l'hypothèse théorique : il est très important de la repérer car les conclusions de l'étude ne concerne qu'elle : toute autre conclusion est une prolongation de la conclusion à l'hypothèse opérationnelle. L'hypothèse opérationnelle constitue donc la clé de voute sur laquelle l'ensemble de la partie discussion va reposer. elle doit être, normalement, à la fois exclusive et exhaustive, c'est-à-dire qu'elle présente ce que les résultats vont montrer, ça et seulement ça.

3) Définissez le but de l'étude

Connaissant les deux hypothèses, vous êtes à même de définir le but de la recherche, ou le but que cherche à atteindre l'auteur de l'article. Les deux hypothèses doivent être cohérentes entre elles et leur lien directement logique : parfois, l'hypothèse générale va être beaucoup trop déductive, en incluant des situations auxquelles l'hypothèse opérationnelle n'apporte en fait aucune réponse (par exemple, si l'hypothèse opérationnelle indique que l'aspirine pourrait provoquer des troubles dépressifs, une hypothèse générale qui prétend que (tous) les antalgiques pourraient provoquer un état dépressif est trop déductive et contient une erreur de logique pure.) ou à l'inverse, en excluant des cas qu'il faut prendre en compte.

4) Quelle méthodologie est utilisée ?

La méthodologie doit être stricte : tout doit être expliqué concrètement et rien de doit manquer. Si à un moment ou un autre, vous vous demandez comment tel ou tel aspect de l’expérimentation est opérationnalisé, sachant que le résultat pourrait en dépendre (il vous faut tout de même une raison cohérente de le penser!), il faudra, au moment des résultats et surtout de la discussion, vous rappeler de cette interrogation.

5) Quels sont les principaux résultats (bruts) ?

Les résultats de l'étude vous permettent normalement de conclure vous même à l'étude - excepté s'ils nécessitent un autre traitement des données pour se décomplexifier et rendre les résultats compréhensibles de manière plus intuitive. Néanmoins, pour chaque résultat, un rapide survol permet de repérer des données anormales. Paradoxalement, la première approche que vous devez avoir en lisant ces résultats est une approche globale et distante (sous peine de rater l'essentiel ou les erreurs manifestes, à trop se focaliser). Détailler ensuite et comprendre les résultats pour ce qu'ils sont (ils répondent à l'hypothèse opérationnelle et à elle seulement).

6) Quelles sont les principales conclusions ?

Les premières conclusions doivent faire office de rappel à vos précédentes conclusions, que vous avez déduites de votre lecture des résultats. Ces premières conclusions doivent ne concerner que l'hypothèse opérationnelle. Si vous ne comprenez pas d'où sortent de telles conclusions à partir des résultats, naviguez entre résultats et conclusions pour déceler l'erreur ou la nature de votre incompréhension.

Vient ensuite la partie où l'auteur élargit ses conclusions opérationnelles aux conclusions générales - c'est souvent à cette étape que des erreurs typiques de logique, comme des surinclusions ou des surexclusions, des ponts établis un peu trop vite, des oublis... vont facilement apparaître.

Pas de secret : vous devez pouvoir suivre le passage d'un type de conclusion à l'autre tout en respectant à tout prix la logique (il ne s'agit pas seulement de repérer les erreurs mais également de déceler les manques, oublis...). Les conclusions répondent aux questions posées en introduction, puis s'élargissent éventuellement en cas de résultats non attendus, sachant que ce n'est pas normal pour une étude de présenter des résultats inattendus, on parle d'ailleurs de recherche et de résultats à postériori - or, ceux-ci devront alors être directement impliqués dans une étude spécifique avec une hypothèse de travail qui les concernera directement, si l'on veut les interpréter. Il est peu rigoureux d'accepter et de discuter des résultats apparus dans un autre plan de la recherche (des résultats qui concerneraient par exemple la gène occasionnée par l'autoroute lors de passations d'expérience - alors que l'expérience visait d'abord à démontrer l'apparition de troubles dépressifs avec la consommation d'aspirine).

7) Quelles sont les ouvertures proposées pour les chercheurs ?

Les ouvertures permettront de vous rappeler les manques de l'étude (il y'en a quasiment systématiquement, puisqu'une étude répond généralement à une question, tout en en posant de nouvelles, ainsi fonctionne la recherche!) en même temps qu'elles insèrent les résultats de l'étude dans un contexte plus global de recherche et d'intérêt pour l'avenir.