Cours : Introduction historique à la Psychologie Cognitive



Dès les premiers pas de la psychologie en tant que discipline, s'affichent les tenants d'une psychologie souple et subjective, nettement enracinée dans les conceptions issues de la philosophie, pour laquelle ce qui fait l'homme et son esprit, ne peut être dissocié de l'âme. Prenant à contre-pied cette vision de la psyché, une mouvance comportementale associera l'esprit de l'homme, non plus à une éventuelle âme, mais à des activités mentales, objectivement décelables

Le béhaviorisme

Cette conception se fonde sur l'idée selon laquelle ce qui n'est pas observable dans l'esprit ne peut être assujetti à l'expérimentation. Il n'y a donc aucun intérêt pour une discipline se voulant scientifique, d'opter pour un objet d'étude par nature inobservable. Il faut donc envisager l'étude de l'homme, de ses réactions, par l'étude de faits observables, et donc par le comportement des êtres vivants (homme compris). Ce mouvement empiriste va se démarquer de la psychologie traditionnelle, prenant le nom de béhaviorisme (i-e : comportementalisme), en fondant l'acquisition de ses connaissances et l'élaboration de ses théories, sur l'expérimentation, et l'observation des comportements, directement observables et quantifiables. De telles données permettent, sans connaître et observer directement l'esprit, d'élaborer des conclusions indirectes quant aux activités mentales, et ce faisant, de fournir une base scientifique à la Psychologie.

Bien que nécessaire et bienvenue pour séparer la psychologie "scientifique" de la philosophie, cette approche connaitra des limites, malgré les nombreux apports de ceux que l'on nommera plus tard, les précurseurs de la psychologie cognitive (Pavlov, Skinner...). L'une de ces limites est celle de la nature de l'esprit : à se focaliser sur les réactions, les comportements, on plonge l'esprit humain dans une boîte noire dont on ne connait rien, et l'on se contente d'y insérer des données (stimulations) puis d'en observer ce qui en ressort (réactions). L'esprit reste donc impénétrable.

Le traitement de l'information

A partir des années 1960, les chercheurs se heurtant à cette limite vont tenter de la dépasser. Considérant le cerveau comme le siège de la pensée, ils vont l'assimiler à un système de traitement de l'Information. Dès lors, ils envisagent de l'étudier comme tel et cherche à éprouver et évaluer ses composantes : limitations de l'information, transformation, rapidité de traitement, erreurs... Les psychologues vont ainsi explorer les grandes fonctions cognitives telles que la résolution de problèmes, l'attention ou la mémoire... Les avancées des sciences cognitives, et notamment de l'Intelligence Artificielle, vont leur fournir des cadres conceptuels au sein desquels développer leurs théories. 

L'esprit est selon cette vision, un centre de traitement de l'information comprenant notamment des processus supérieurs permettant d'initier et de contrôler des processus inférieurs, chargés quant à eux de traiter spécifiquement certaines caractéristiques de l'information. La fonction globale de l'esprit est alors de transformer l'information en un autre type d'information. Les fonctions supérieures comme le langage, la planification, agissent en administrateurs de modules cognitifs dévoués à des tâches précises.

Symbolique et Connexionnisme : la Psychologie Cognitive

Connaissances symboliques et processus de transformation prennent le nom de Cognitions, et l'on assiste à la naissance d'une psychologie explorant l'esprit comme s'il s'agissait d'un ordinateur, obéissant à des règles logiques et manipulant des représentations symboliques. Cette approche aura elle même tôt fait de rencontrer certaines limites : malgré la haute complexité de certains traitements de l'information, il faut bien reconnaître que le cerveau de l'homme lui permet des réactions rapides, ainsi qu'une capacité de stockage à long terme de l'information potentiellement infinie.

C'est pourquoi plusieurs chercheurs de cette nouvelle discipline qu'est la psychologie cognitive, vont se tourner vers une autre approche issue de l'Intelligence Artificielle, sous la forme des réseaux distribués qui ont donné naissance aux modèles connexionnistes. Selon cette conception, l'information est désassemblée, traitée en parallèle par de nombreuses unités puis ré-assemblée, en un temps bref. Le connexionnisme a le mérite de prendre en compte les avancées de la recherche en biologie et physiologie, qui explorent le cerveau et ses composants, des milliards de neurones interconnectés qui chacun, transmettent des parcelles d'informations sous la forme de flux électriques et chimiques.

Ces deux approches ont chacune beaucoup apporté, en terme de théories explicatives et de connaissances acquises, sur le fonctionnement de l'esprit humain. Bien qu'elles ne se soient pas encore rejointes, chacune bénéficie des avancées de l'autre, et ces deux approches sont les deux principales que l'on retrouve actuellement sous le terme de Psychologie Cognitive.

La Psychologie Cognitive, elle, se donne pour but d'étudier les activités mentales, de développer des modèles théoriques de la connaissance et du traitement de l'information par l'esprit humain (mais parfois également animal).