Cours : L'essor des sciences humaines



S'il fut aisé pour les sciences exactes de prendre de la distance avec la philosophie, cette opération présentait quelques difficultés supplémentaires en ce qui concerne les sciences humaines : philosophie et sciences humaines partageaient en effet le même objet d'étude, et principalement, les motifs de rupture se situaient au niveau de la méthodologie. 

Hypothèses et expérimentations : objectiver les faits sociaux et mentaux

Tandis que la philosophie tentait avec le langage, la logique et la rationalité de décrire et d'expliquer l'homme et la société, le courant empiriste des nouvelles sciences humaines se donnait pour ambition d'observer ces deux objets d'études à l'aide de méthodes rigoureuses, de les soumettre à l'hypothèse et l'expérimentation, bref, d'interroger directement la nature (tester l'homme) pour obtenir d'elle des réponses sur lesquelles la logique et la rationalisation n'étaient en mesure que de spéculer.

C'est avec l'aide des sciences exactes que les sciences humaines entendaient mener à bien leurs études, grâce notamment à la discipline puissante des mathématiques, que représente les statistiques.  Si des faits sociaux ou mentaux restaient dans leur ensemble difficilement abordables, on pouvait néanmoins les objectiver grâce aux mathématiques, les observer, les contrôler, les vérifier...

On prend souvent l'exemple du suicide, comme fait social parmi les premiers à avoir été, de cette façon, objectivé, par Durkheim, l'un des pères de la sociologie.

Naissance d'une Sociologie

La sociologie se donne pour but d'étudier l'homme en société, les faits sociaux particuliers, les relations interpersonnelles, dans les groupes sociaux ou dans la globalité du contexte social.

Née en 1830 sous la plume d'Auguste Compte, elle envisage d'observer les institutions, les regroupements, les processus sociaux, leurs conséquences sur le groupe autant que sur l'individu, mêlant ainsi des approches aussi diverses que celles provenant de la démographie, de la politique, de l'éthique, de l'influence ou de la communication...

L'un de ses grands représentants et précurseurs, Émile Durkheim (1858 - 1917), sera également l'un des premiers sociologues insistant sur la nécessité d'une méthodologie scientifique permettant de quantifier ou d'évaluer les faits sociaux, comme le suicide (nombre de suicides par an, dans telle ou telle institution ou population...). Cette objectivation des faits sociaux autorise la possibilité d'élaboration d'hypothèses, et aussi et surtout la possibilité de les vérifier à l'aune des modèles mathématiques, particulièrement statistiques. C'est un pas de géant pour la construction d'une Science, la science de l'homme et de la société.

Plusieurs sociologues vont apporter leur pierre à l'édifice de la constitution d'une sociologie séparée, quoique dépendante, des sciences exactes et de la philosophie. En Allemagne, Max Weber (1864 - 1920) insistera sur les différences entre les sciences exactes et les sciences humaines, quant à la reproductibilité des résultats d’expérimentation : si les sciences exactes peuvent se permettre de baser leurs analyses sur des modèles mathématiques rigoureux, il n'en va pas de même pour les sciences humaines, inféodées aux théories statistiques. Les anglophones vont par la suite améliorer l'observation et la quantification en développant méthodes et outils permettant d'objectiver le fait social. Enquêtes, sondages et techniques d'entretien finiront d'ériger la sociologie en discipline à part entière, résolument à visée scientifique.

La diversité des sciences humaines

En parallèle à la sociologie, plusieurs disciplines ayant l'homme pour objet d'étude, se sont développées en apportant notamment leur contribution à la psychologie et aux sciences humaines en général : 
  • l’anthropologie (ou ethnologie) étudie le développement de l'homme (et des sociétés) à travers l'histoire, en même temps qu'elle replace celui-ci dans le contexte culturel qui lui est propre.
  • les sciences politiques s'attachent aux institutions de sociétés, aux rapports de pouvoir et d'influence, aux méthodes de communications et d'opposition, à la gouvernance.
  • l'histoire et la géographie tissent des liens avec la psychologie, chacune ayant recours à celle-ci pour comprendre et expliquer le passé et les mouvances historiques humaines (pour la première), les liens aux lieux de vie, les migrations ou l’appartenance à des communautés fondées sur la base territoriale (pour la deuxième)...
  • La linguistique entretient avec la psychologie un lien particulier, du fait que le langage représente l'une des grandes fonctions cognitives étudiées en psychologie, source principale des interactions sociales et de la transmission du savoir. Le langage est une acquisition typiquement humaine que l'on retrouve dans de nombreux champs de la psychologie en tant qu'objet d'étude particulier de l'homme, allant de la clinique à la cognition, de la psychologie sociale au développement de l'enfant.
  • Les sciences de la religion, les sciences économiques, les sciences de l'éducation,... prennent en charge des aspects spécifiques de l'homme concernant ses croyances (symboliques, décisionnelles, éducatives...), son comportement et ses attitudes.
La psychologie s'insère au sein des sciences humaines dans une position particulière : à la fois nécessiteuse des connaissances d'autres disciplines, et grande source d'inspiration pour celles-ci, la psychologie est à la croisée des chemins et l'un des plus typiques représentants des sciences de l'homme.