Cours : Mémoire à court terme et mise en évidence



Si chacun d'entre nous a une idée de ce qu'est la mémoire, nous n'avons pourtant pas toujours bien en tête une définition claire et nette, précisant ce qu'elle est, combien de sortes de mémoire il existe, ainsi que leurs caractéristiques. Tout au plus, une grande majorité de la population fait-elle la distinction entre mémoire à long terme et mémoire à court terme. Que sont-elles?

Pour les mettre en évidence, on procède à des expériences mettant spécifiquement en jeu certains aspects de la mémoire, ou en révélant des effets. Par exemple, pour tester simplement la mémoire dans sa globalité, on peut présenter une suite de lettres à un sujet, pendant un temps relativement court, pour ensuite lui demander de rappeler immédiatement le maximum de lettres qu'il y'avait dans cette séquence.

Cette expérimentation simple met en évidence deux des principaux effets de notre système cognitif mnésique : le sujet se rappelle le plus souvent des lettres du début (effet de primauté) et des lettres de la fin (effet de récence), deux effets typiques de ce que l'on appelle le rappel libre immédiat

Deuxième expérience : on présente une suite de mots au sujet, on laisse ensuite un délai après le dernier mot, lors duquel, par exemple, on donne au sujet un exercice à faire, n'ayant rien à voir avec la suite de mots. Dans cette expérimentation, on remarque étrangement que l'effet de récence disparaît, alors que l'effet de primauté est toujours bel et bien présent! La présence d'un effet de primauté sans effet de récence, est un classique phénomène de ce que l'on appelle le rappel libre différé

Se souvenir des premiers éléments d'une liste mieux que des autres, parait une caractéristique évidente : lors de la présentation des premiers éléments de la liste, notre mémoire fonctionne à plein régime et n'est pas distraite par des informations auparavant exposées. Se souvenir des derniers éléments d'une liste, peut paraitre tout aussi évident : à la fin de la liste, les éléments dont on doit se souvenir ne sont plus entravé par de nouvelles informations arrivant à leur suite. Pourtant, un seul de ces effets est présent quelques minutes après l'apprentissage, alors que les deux sont présents juste après l'apprentissage. Que peut on en conclure? Tout simplement, on pourrait conclure qu'il existe deux systèmes mnésiques distincts : une mémoire à court terme (MCT), et une mémoire à long terme.

La Mémoire à court terme (MCT)

Différente de la mémoire sensorielle définie auparavant, on l'appelle aussi mémoire primaire ou immédiate (Atkinson et Shiffrin, 1968). C'est une mémoire qui manipule l'information verbale sous forme phonétique (prononciation des items verbaux). Le son des items serait maintenu en MCT, laquelle aurait une capacité de rétention très limitée (l'information n'y est disponible que quelques secondes (définition de 1958). 

Selon G. Miller (1956), la mémoire à court terme présenterait des unités élémentaires mnésiques. L'unité de mémoire est, toujours selon cet auteur, nommé Chunk, il s'agit d'une unité mnésique contenant un seul type d'information. Le nombre de chunks que l'on peut retenir est de l'ordre de 7, plus ou moins 2.

Mais curieusement, la quantité d'information que l'on peut retenir en mémoire à court terme ne dépend pas de la taille des chunks, mais de leur nombre : si l'on peut par exemple difficilement retenir 10 numéros (avec leur ordre), par exemple " 4, 8, 9, 3, 5, 1, 7, 6, 3, 2 " (chacun représentant un chunk, il y'a donc 10 chunks), il nous est par contre plus facile de retenir ces 10 numéros s'ils sont regroupés par 2 : 48, 93, 51, 76, 32 (chacun groupe représentant un chunk, il y'en a donc 5). Il en va ainsi des numéros de téléphone, par exemple.

La Mémoire à court terme possède une capacité assez limitée, et elle s'évanouit très rapidement : un rappel demandé après 9 secondes ne permet au sujet de rappeler que 50% de ce qu'il peut rappeler lors d'un rappel immédiat. Au bout de 15 secondes, la mémoire à court terme ne contient presque plus d'information!