Cours : Sciences, Sciences Humaines et Psychologie



Où et quand est née la psychologie? S'il est relativement aisé de définir et lieu et époque de la discipline, il n'en va pas de même pour ce qu'elle représente de manière brute : l'étude, la réflexion sur l'homme, ce qui l'anime, son esprit, ses pensées, son être mental.

Dès qu'un être vivant a songé à lui même et aux autres en tant qu'êtres pensants, les prémisses de la psychologie l'envahissaient. De manière partielle, il réfléchissait, il analysait, il anticipait. Un formidable bond en avant dans l'adaptation à son milieu. Paradoxalement, la psychologie que l'on conçoit comme l'étude de l'esprit de l'homme, est vraisemblablement née à un échelon précédent de l'évolution. Le genre homo sapiens était probablement apparu après même que la psychologie brute fut née. Ce n'est toutefois que bien plus tard qu'elle s'érigea en discipline à part entière, forte de l'expérience des anciens, des connaissances que la recherche lui apporterait par la suite, et d'un statut, qui tous la conduiraient au vaste champs de connaissance que nous apprenons et étudions, que nous explorons aujourd'hui. Le chemin de la discipline fut pourtant long et s'est constitué pas à pas, prenant racine sur le terreau des sciences et de la philosophie.

L'homme et les sciences préhistoriques

Il est inutile de revenir longuement sur le passé préhistorique qui a vu naître les sciences : hypothèses et conjectures ne permettent pas d'établir un profil indubitable de l'évolution de celles-ci. On sait néanmoins que de nombreuses sciences (mathématiques, physiques, physiologie, médecine...) furent étudiées dans les temps antiques, aussi loin en fait, que remontent les traces de créations humaines. La première construction destinée aux morts témoigne d'une conscience de la vie et de l'esprit d'un être. Les premières peintures témoignent de l'analyse de l'environnement, et de la capacité à partager de l'expérience par le symbolisme et la représentation. Toutes ces prémisses de connaissances et de sciences se transmettaient vraisemblablement par le langage oral, et sporadiquement par quelques représentations graphiques.

Toutefois, l'apparition de langage écrit constitue l'une des étapes clé des sciences et conséquemment de la psychologie : non seulement des hommes utilisaient des représentations symboliques codifiées, mais en plus, celles-ci étaient destinées à être transmises à d'autres interlocuteurs que ceux immédiatement présents. Des tablettes en pierres aux papyrus babyloniens, des hiéroglyphes égyptiennes aux algorithmes de Mésopotamie, pour la première fois, des instructions, des connaissances passaient d'esprit en esprit via un support graphique afin de permettre aux hommes de bénéficier simplement de l'expérience acquise par d'autres, et ce même lorsque l'homme qui en était l'origine avait disparu.

La mémoire collective ne se limitait plus à celle du clan et de ses souvenirs, mais comprenait celle aussi des ancêtres et des étrangers. La clé de la transmission des sciences, non plus restreinte à un groupe ou une tribu, mais à l'ensemble de l'humanité, était forgée.

Magie, religion et renouveau scientifique

Pour beaucoup cependant, expliquer le monde ne pouvait se concevoir sans l'intervention des croyances et de la magie. Si dès 3000 ans avant Jésus-Christ, les mathématiques en temps que science, faisaient leur premier pas, l'époque glorieuse de l'explication scientifique des phénomènes qui nous entourent, subit un brusque arrêt lorsque le pragmatisme et religion intervinrent, notamment en Europe, avec les Romains en premier lieu, qui n'y voyaient que peu d'intérêt comparé aux techniques agricoles, d’élevage ou de guerre. Par la suite, la religion définissant un univers immuable créé par Dieu, mit un frein aux sciences et à la recherche. Ce n'est guère qu'un millénaire plus tard que les sciences revinrent en force, accompagnées de la philosophie dont elles ne se démarquaient en fait que peu.

A la Renaissance, le système d'explication philosophique est progressivement remplacé par l'observation rigoureuse et l'expérimentation, les fondements encore présents de nos jours, des sciences. On regarde la nature, on l'interroge, elle nous répond. Ce courant empiriste prend peu à peu sa place face au courant rationaliste de la philosophie d'alors, pour expliquer les phénomènes physiques ou biologiques. Les sciences de la vie et de la matière se scindent et se séparent de la philosophie, prennent leur envol et permettront ainsi les découvertes majeures telles que les lois de chutes des corps (1604), la circulation du sang (1628), la lumière et ses effets (1670), les principes de l'électricité (1747)...

Les sciences de l'homme

En parallèle, les Sciences humaines ont davantage de difficultés à se séparer de la philosophie, dont elle partagent le même sujet d'étude, l'homme. Celui-ci est encore considéré à l'aune de la religion comme appartenant à un monde dont la destinée est tracée et guidée par le Créateur. Trois évènements historiques et scientifiques majeurs vont bouleverser cette vision et concourir à repenser l'homme comme un animal social évolué, libre-pensant et maître, en partie, de sa destinée : 
  • Les révolutions, américaines puis françaises, vont contribuer à l'essor des libertés et la prise de distance avec la religion.
  • La révolution industrielle va booster la recherche et l'expérimentation, en même temps qu'elle ouvrira de nouveaux champs d'application. Elle entrainera également de profonds changements dans les sociétés, autant d'ailleurs que dans les systèmes familiaux que dans le système de l'emploi et de la vie dans les villes, plutôt que les campagnes.
  • La théorie évolutionniste (Lamarck mais surtout Darwin) va bouleverser les conceptions que l'on se faisait de l'homme, de sa place dans la nature et la Création.
Suivant les progrès des sciences dures, de nouveaux découvreurs, physiologistes, médecins, biologistes, vont commencer à explorer avec une démarche scientifique, l'être humain. Les sciences humaines se démarquent désormais de la philosophie, principalement par le mode de recherche avec lequel elles vont observer et expérimenter l'homme.