Le test de Stroop - théorie et passation



Cet article est issu de : Desbrosses S. (2007). Test de Stroop classique : théorie et passation. (online) www.psychoweb.fr.

L'effet Stroop

L'effet Stroop fut rapporté par John Ridley Stroop lors d'une publication parue dans le "Journal of Experimental Psychology" en 1935. Cet auteur présenta visuellement des mots de couleurs, écrits en encre de différentes couleurs, à ces sujets. Il remarqua alors l'effet qui portera son nom : dénommer la couleur avec laquelle est écrit un mot quelconque, est plus ou moins facile que de dénommer la couleur d'un mot de couleur (par exemple, la couleur avec laquelle est écrit le mot "JAUNE").

De fait lorsque le mot correspond à sa couleur (le mot "VERT" écrit en encre verte), on observe un effet facilitateur : les couleurs sont plus vite dénommées que si le mot est quelconque.

A l'inverse, si couleur et mot ne se correspondent pas, on observe un effet d'interférence : dénommer la couleur du mot "ROUGE" lorsqu'il est écrit en vert est plus difficile que de nommer la couleur d'une autre mot, quelconque, qui serait également écrit en vert.

On attribue classiquement cet effet à l'interférence qu'exerce un traitement cognitif sur un autre. Ici, la lecture du mot interfère sur la dénomination de sa couleur. On lit automatiquement le mot : si la couleur lui correspond, le traitement de la couleur est facilité. Si la couleur ne lui correspond pas, le traitement est inhibé par la lecture.

En quoi nous aide-t-il?

L'effet Stroop nous informe, entre autre, sur la qualité des processus cognitifs automatiques, et particulièrement ici, de la lecture : l'effet Stroop concernant la lecture n'existe pas chez les enfants venant d'apprendre à lire, où chez les analphabètes, par exemple. C'est parce que nous savons bien lire, et que nous avons "l'habitude" de lire, que cette lecture empêche de dénommer correctement les couleurs. L'effet Stroop (dans son acceptation originale d'interférence de la lecture sur la dénomination de couleur) révèle donc un comportement normal. Une absence d'effet Stroop indique que les processus de lecture ne sont pas suffisamment développés. Un effet Stroop trop fort est également signe d'un problème : en tant normal, nous dénommons difficilement les couleurs de mots de couleurs si elles ne se correspondent pas. Mais nous tentons d'inhiber inconsciemment les processus de lecture afin de réussir à dénommer correctement. Un effet Stroop trop fort signe alors un défaut de cette capacité d'inhibition.

Passation classique d'un test Stroop.

3 planches sont disponibles, la planche 1 contient des mots de couleurs écrit en encre noire. La planche 2 contient des rectangles de couleurs. La planche 3 contient des noms de couleurs écrits en encre de couleur.

Planche par planche, la tâche du sujet est soit de lire, soit de dénommer les couleurs le plus rapidement possible, de la droite vers la gauche en passant à la ligne suivante à chaque fin de ligne.

On mesure le nombre de mots lus ou de couleurs déterminées, pendant la durée de 45 secondes. La passation se déroule dans l'ordre suivant, avec les consignes indiquées.

1/ Dénomination de couleur (planche constituée de rectangles de couleur)
Consigne : Sur cette feuille se trouvent des petits rectangles de trois couleurs différentes : rouge, vert et bleu. Vous allez devoir me dire le plus rapidement possible, la couleur de chaque rectangle, en parcourant les lignes de la gauche vers la droite, ligne par ligne.

2/ Lecture de noms de couleur (planche comportant des noms de couleurs écrits en noir)
Consigne : Sur cette feuille se trouvent les noms de trois couleurs différentes : vert, rouge et bleu. Vous allez devoir me lire à voix haute, le plus rapidement possible, ces noms, de la même façon que lors du précédent test.
3/ Situation d'interférence (planche comportant des noms de couleur écrits en couleur)

Consigne : Sur cette feuille se trouve les noms de trois couleurs écrites dans une autre couleur. Vous ne devez pas lire les mots, mais vous allez me dire le plus rapidement possible dans quelle couleur ils sont écrits, et ce, ligne par ligne, de la gauche vert la droite.

Pour chaque planche, le psychologue ou l'expérimentateur compte le nombre de mots lus, ou de couleurs dénommées, pendant le délai imparti de 45 secondes. A chaque faute constatée, l'expérimentateur doit immédiatement en faire la remarque afin que le patient reprenne son erreur.

Éventuellement, une quatrième passation peut être insérée, au moins avant la dernière : lire les noms de couleur écrits en couleur (en utilisant également la dernière planche). cette épreuve permet d'évaluer l'effet d'interférence inverse, à savoir l'interférence due à la reconnaissance de la couleur, sur la lecture. Cet effet est généralement limité et visible plus aisément chez les enfants.

Dénommer les couleurs des noms de couleurs n'est pas un exercice aisé lorsque l'on est lecteur normal, et encore plus difficile lorsqu'on lit beaucoup! Si vous souhaitez tenter l'expérience, rendez-vous sur la page : test de Stroop en ligne.