L'emploi et les difficultés du psychologue clinicien dans le secteur de la santé



La DGS (Direction Générale de la Santé) estime à 36000 le nombre total de psychologues en activité en France (dont 65 % travaillent dans le secteur sanitaire et social) et à 4000 le nombre de psychologues exerçant dans le secteur psychiatrique (dont un nombre non négligeable à temps partiel). Mais elle ne connaît pas (ou ne diffuse pas) le nombre de psychologues travaillant dans l'ensemble du milieu hospitalier ni en libéral.

Le statut particulier du psychologue clinicien.
Leur statut est précisé en 1991 dans le décret portant sur le statut particulier des psychologues de la Fonction Publique Hospitalière, par la définition de la mission instaurant l'autonomie professionnelle, le choix des méthodes et des référents théoriques. En théorie, le psychologue clinicien a le choix de son cadre théorique de référence et des méthodes auxquels il souhaite adhérer. Néanmoins, en pratique, l'établissement dans lequel est employé le psychologue peut suggérer certaines approches selon l'avis de l'équipe pluridisciplinaire qui l'accompagne. 

Si chaque professionnel doit respecter les limites de ces compétences, la variabilité des cadres théoriques et méthodes impose au psychologue une souplesse d'adaptation, aux cas présentés aussi bien qu'à l'institution intégrée. Pour cela, lors de sa formation, le futur psychologue est encouragé à explorer les différentes approches de la psychologie, notamment clinique, et est encouragé de même à diversifier ses stages de formation dans le but de disposer d'une panoplie de référents, qui lui permettront de couvrir un ensemble de compétences conséquent.

Ce statut comporte une définition légale de l'exercice professionnel qui sert de référence à la définition des missions du psychologue dans la Fonction Publique Hospitalière, Territoriale et dans la Protection Judiciaire de la Jeunesse :
"Les psychologues étudient et traitent [...] les rapports réciproques entre la vie psychique et les comportements individuels et collectifs afin de promouvoir l'autonomie de la personnalité. Ils contribuent à la détermination, à l'indication et à la réalisation d'actions préventives et curatives assurées par les établissements et collaborent à leurs projets thérapeutiques ou éducatifs tant sur le plan individuel qu'institutionnel" (Article 2).
Ce décret constitue la trame d'exercice retenue pour le psychologue des deux autres Fonctions Publiques. Leur recrutement est effectué à l'issue d'un concours régional et seuls les étudiants possédant un mastère appartenant à l'un des champs définis par le Ministère de la Santé (clinique, pathologie, enfant, gérontologie, formation de formateurs) peuvent y présenter leur candidature. 

Difficultés des prestations du psychologues cliniciens dans le secteur de la santé (ce à quoi il vous faut vous attendre!)

En phase avec les attentes du public et les demandes des équipes, les psychologues sont amenés à diversifier leurs prestations cliniques et institutionnelles, aussi bien en intra qu'en extra-hospitalier mais aussi, depuis peu, dans les réseaux qui se mettent en place entre la cité et le dispositif de santé (prévention de la santé, notamment). 

Les psychologues cliniciens interviennent donc dans tous types de structures : services hospitaliers, hôpitaux de jour, consultations externes, centres d'accueil à temps partiel, appartements thérapeutiques, ... mais aussi, de plus en plus, dans les comités de pilotage, les groupes de travail transversal en interne ou avec des partenaires extérieurs. 

Seuls professionnels des sciences humaines à s'être engagés dans les établissements de soins pour être au plus près des patients, les psychologues cliniciens sont devenus des acteurs spécifiques, identifiés sans ambiguïté par le public. 

Si le statut prévoit une large autonomie des psychologues par rapport à l'autorité médicale, dans les faits et les pratiques, son application est loin de coller à la théorie.

D'un côté, il existe une demande accrue des usagers ainsi que des équipes à l'adresse des psychologues (augmentation de recrutement en CDD, de quelques heures à un quart temps voir un mi-temps ... ). Mais, de l'autre, de nombreux obstacles sont dressés à la pérennisation des emplois (séparation de postes temps plein en deux mi-temps CDD, difficultés à faire appliquer les procédures réglementaires de recrutement, refus de nommer les candidats reçus au concours, refus des mutations ... ). 

Sans cesse la réglementation, quand elle est cohérente sur le papier (procédure de recrutement) est détournée et s'appuie sur des incohérences (profil de poste trop détaillé, critères non communiqués et arbitraires de sélection, jury non paritaire, c'est-à-dire moitié psychologues, moitié non-psychologues, organisation aléatoire des concours...). Cet état de fait entraîne un manque de lisibilité sociale et des variations de traitement dans la profession (contractuels sur des emplois permanents rémunérés tout au long de la carrière comme débutants... il existe autant de contrats que de directeurs voire que de psychologues, des grilles différentes de salaires que rien ne justifie). 

Et pourtant, l'intervention des psychologues, sur la durée, est facteur d'économie au triple sens d'un rétablissement plus rapide, d'une réduction des rechutes et d'une consommation moindre des médicaments. Elle ne permet pas seulement d'accroître la santé globale des personnes mais aussi de réduire l'utilisation qu'elles font des services médicaux, et conséquemment, est fortement reconnue, notamment par de plus en plus de mutuelles de santé, comme un service remboursé car économiquement intéressant sur le long terme.