Pourquoi les petits bonheurs quotidiens rendent plus heureux que plusieurs grands bonheurs



Qu'est-ce qui rend le plus heureux? Doit-on chercher l'aboutissement de soi dans les évènements grandioses ou préférer les petits gestes et plaisirs quotidiens? C'est la question sur laquelle s'est penchée l'équipe composée de Nelson et Meyvis, lorsqu'en 2008, ils proposent 3 minutes de massage aux participants de leur expérience*.

Comment opérationaliser la question des petits et grands bonheurs? Simple : pour un groupe de participant, le massage leur était offert d'une traite : 3 minutes d'un plaisir que chacun a apprécié, à les en croire, à sa juste valeur. Pour l'autre groupe, il n'y avait non pas un relaxant massage de 3 minutes, mais 2 plus courts massages, chacun de 1 min 30, entrecoupés d'une pause de 20 secondes.

Avec une telle cassure dans le rythme, les gens interrogés prédisaient que l'arrêt enlèverait beaucoup du plaisir accompagnant le massage, et qu'il valait donc mieux un massage continu de 3 minutes. Et ils avaient torts : les participants qui ont le plus apprécié la séance, sont ceux qui ont expérimenté le massage avec la pause, car vraisemblablement, celle-ci les a empêché de s'accoutumer au massage. Dès la pause finie et le massage repris, le même bien être qu'au début de la séance, les a immédiatement repris.

Le bonheur routinier n'existe pas.

Et il s'agit pourtant d'une constatation partagée : le plus grand ennemi du bonheur, c'est l'habitude, la routine (en termes psychologiques, c'est l'adaptation, parfois également notée habituation). Nous nous habituons malheureusement à chaque chose, et notablement en ce qui concerne celles qui nous rendent heureux. C'est une tragédie bien réelle : qu'un évènement ou qu'un objet, qu'une personne ou qu'une situation nous rende heureux, nous finissons par nous y accoutumer et la considérer comme acquise. Au fur et à mesure de ce processus, le bonheur que cela nous apportait, diminue inexorablement. Le pire étant que la sensation de bonheur elle-même est soumise à cette loi de l'habitude : à être trop heureux tout le temps, on finit par ne plus apprécier...

Alors voici une petite astuce que nos anciens connaissaient déjà depuis longtemps, mais dont on redécouvre le sens à l'aune de la psychologie : Variez vos petits plaisirs!

Si effectivement, vous continuez à faire ou à chercher de petits bonheurs différents entre eux, vous en tirerez beaucoup plus de plaisir et vous sentirez plus heureux. C'est la raison pour laquelle de nombreux petits bonheurs variés et quotidiens valent mieux que quelques grands évènements heureux et époustouflants.

10 fois plus cher, mais pas 10 fois mieux!

Quelque part dans notre esprit, le constat peut pourtant sembler intuitif, car les petits plaisirs ont le très sérieux avantage de se répéter facilement, ce que l'on peut illustrer par l'exemple suivant : pour un enfant, manger deux bonbons est un peu mieux qu'en manger un seul. Mais pas deux fois mieux! C'est bien mieux d'avoir un ou plusieurs bonbons que rien du tout, bien sûr, mais ce n'est pas deux fois mieux de doubler le nombre de bonbons (en fait, plus le nombre grandit, plus le plaisir relatif qu'on en tire, diminue - jusqu'à parfois se transformer radicalement en déplaisir...). Sur une échelle de temps identique, il est donc bien plus profitable de s'accorder deux fois un bonbon qu'une seule fois deux bonbons.

Songez à un autre exemple : lorsqu'une personne se rend à une fête de famille appréciable, une évènement sportif, à un concert... Bien sûr, c'est très agréable d'y mettre le prix : grands restaurants ou place au balcon, rien ne vaut une grande table ou un bon angle dans ces cas là... Et bien si : en terme de bonheur, mieux vaut ne pas trop dépenser et apprécier deux fois l'évènement - car, en partie, on vient pour voir quelqu'un : dans le cas d'un grand et cher évènement, il y'a le plaisir de l'évènement associé à celui que l'on a de voir les personnes (la famille, l'équipe de foot, le groupe de rock...). Ce plaisir de l'évènement n'est pas deux fois égal à celui de deux de ces évènements. Qui plus est, le plaisir de voir deux fois les personnes appréciées est lui, forcément plus grand.

Savourez les petites choses

C'est l'une des données fournies par le courant de la psychologie positive (qui n'est pas une des dernières thérapies à la mode, mais un courant théorique de la psychologie, se voulant scientifique tout autant que peut l'être par exemple, la psychologie cognitive dont il est issu) : les gens qui sont capables d'apprécier les petites choses sont de manière générale, plus heureux dans leur vie, que les autres. Assez curieusement, les gens très riches ont par exemple tendance a déprécier les petits bonheurs, en partie parce qu'ils attendent plus et mieux. Cela signifie alors qu'ils ne tirent pas autant de plaisir à être en bonne santé qu'une personne au revenu modeste, dont la bonne santé est à la fois un grand soulagement et un état très apprécié. Dans de nombreux cas, la richesse est davantage un frein au bonheur, qu'un atout, car en distordant les valeurs des plaisirs, elle ne permet plus d'apprécier aussi bien, au quotidien, les petits bonheurs qui rendent une vie heureuse. Bien sûr, l'argent est important, mais de nombreuses études ont d'ores et déjà montré qu'au delà d'un certain seuil permettant de vivre sainement en s'accordant de petits plaisirs, l'argent constitue un frein au bonheur global de chacun.

Les mystère psychologiques d'un bon café avec croissant, enfin révélés!

Quoiqu'il en soit, vous savez désormais qu'un bon café au quotidien, une conversation charmante chaque jour, un petit plaisir offert aux gens que vous aimez, ou reçu de la part de vos proches, est bien plus efficace en terme de bonheur qu'un gros cadeau à Noël ou une invitation annuelle dans le restaurant le plus cher de la ville, alors... A vos ptits bonheurs!

*Nelson & Meyvis, 2008