Pourquoi vaut-il mieux acheter plus d'expériences que de biens matériels?



Simplement dit, les bonnes expériences, ce que l'on vit, et ce dont on s'en souvient, s'améliore avec le temps, n'est pas ou peu influencé par les comparaisons, et l'on y repense beaucoup plus (et avec plaisir) que les biens matériels acquis.

Alors s'il s'agit de décider quoi faire de son argent, l'utilisation qui nous rendra le plus heureux, vaut-il mieux chercher les expériences de vie (voyage, restaurant, cinéma...) ou les objets tangibles que l'on possèdent en bien propres?

Lorsque Carter & Gilovitch (2010) posèrent la question à leurs sujets d'expérimentation, 57% répondirent que les évènements de vie les rendaient plus heureux, 34% estimèrent que les choses (objets, biens) les rendaient plus heureux (19% sans avis ou autant les uns que les autres). Pour une fois, il semble que la population aie bien conscience d'un phénomène psychologique à l’œuvre, qui améliore notre vie (et surtout notre ressenti heureux).

Deux expérimentations montrent par ailleurs particulièrement bien que les expériences de vie sont plus souhaitables que les biens matériels : 


Plusieurs raisons expliquent plus en détail dans chaque article pourquoi il est mieux de choisir les expériences, mais en voici un résumé agrémenté d'autres explications :
  • Les expériences de vie s'améliorent avec le temps : on a tendance à se remémorer avec autant de plaisir, voire plus, les évènements heureux. Les expériences prennent également de nouvelles significations avec le temps qui passe, tandis que les biens matériels, eux, ne font guère que vieillir, s'abîmer ou devenir moins performants.
  • Les gens ont tendance à se remémorer spontanément (et souvent pour le plaisir) les évènements heureux, tandis qu'ils se souviennent de moins en moins des objets. Par conséquence, les expériences de vie ont tendance à procurer du plaisir longtemps après l'évènement lui même, grâce au souvenir que l'on en a (Van Boven & Gilovich, 2003 : Le matérialisme rend-t-il malheureux?).
  • Les gens s'habituent progressivement aux objets dont la valeur et l'intérêt qu'ils suscitent, diminue donc avec le temps.
  • Les expériences de vie supporte la comparaison dans le sens ou puisqu'elles sont uniques, elles ne sont tout simplement pas ou très peu comparables. Un objet est facilement (et négativement) comparable : il existe toujours mieux, d'autant plus avec le temps qui passe. Vous souvenez vous par exemple avec autant de plaisir le vieux téléphone portable que vous réviez d'avoir il y'a 10 ans, alors qu'en 2012 sortent de tout nouveaux et ultra-perfectionnés petits mobile-ordinateurs de poche au look et aux options bien meilleures qu'il y'a 10 ans?  Et dans 10 ans, le plaisir d'avoir eu le dernier Iphone aujourd'hui résistera-t-il à la comparaison d'avoir le SuperIphone-minipouss-qui-se-connecte-au-cerveau-et-fait-le-café? Tandis que les expériences de vie résistent aux comparaisons défavorables, c'est loin d'être le cas des objets!
  • Puisque les expériences sont uniques, nous nous y habituons peu ou pas du tout, comparativement à des objets, or, plusieurs expérimentations ont d'ores et déjà montré que l'habituation est l'ennemi du bonheur! (Nicolao et al., 2009 : Comment choisir entre un bien matériel et un service immatériel?) (voir aussi Nelson & Meyvis, 2008 : pourquoi les petits bonheurs quotidiens rendent-ils plus heureux que plusieurs grands bonheurs).
  • Les expériences de vie sont généralement socialement partagées, et les évènements partagés ont tendance à nous rendre beaucoup plus heureux que des biens matériels, qui sont eux, beaucoup moins partagés (au moins en ce qui concerne leur possession) (voir par exemple : Pourquoi dépenser de l'argent pour autrui nous rend plus heureux que lorsqu'on le dépense pour soi).
Cela étant dit, la frontière entre l'expérience de vie et l'objet n'est pas toujours aussi évidente : par exemple, une maison est un objet, mais comme nous allons habiter dedans, c'est également une expérience de vie (en partie). Reste que toutes ces expérimentations démontrent que même dans le cas d'objet, le plus celui-ci constitue une expérience de vie plutôt qu'un bien matériel, le plus il est susceptible de nous rendre heureux. 

Alors lorsque vous achetez un objet, demandez-vous : est-ce qu'il va être partagé? est-ce qu'il va laisser des souvenirs plus longtemps? Dans cette optique, par exemple, une table de billard, si vous aimez le billard, pourrait vous rendre plus heureux qu'un nouveau banc de musculation (une partie de billard étant par nature plus sociale qu'un exercice quotidien mais solitaire, de musculation). Un appareil photo de qualité pourra également être préférable à un nouvel ordinateur personnel dernier cri, puisque l'appareil vous permettra de forger de nouveaux souvenirs "sociaux".

Et il en va de même pour les cadeaux qu'en cette période de Noël, vous allez offrir! Mieux vaut offrir un cadeau qui permettra à la personne à qui vous l'offrez, de partager son plaisir avec d'autres, plutôt que de s'en servir seule!

Donc, si vous hésitez entre un bien matériel (par exemple, un nouveau téléphone portable) et une expérience de vie (un week-end au ski avec des amis), préférez volontiers toute expérience de vie ou tout bien matériel qui constituera en lui-même une expérience de vie (et notamment sociale). Vous aurez peut être du mal à mettre le résultat dans votre main, mais celui-ci vivra plus longtemps dans votre esprit et vos souvenirs!