Comment piéger un patient alzheimer?



Il y a à propos de ce trouble tragique qu'est la maladie d'Alzheimer, de fâcheuses habitudes humoristiques partagées dans la cinématographie, dans les sketches... et même dans la profession. D'un côté, le drame humain, de l'autre, la nécessité de l'apprécier sous des angles plus neutres voire positifs. Qui n'a jamais entendu dire avec le sourire que l'on pouvait raconter plusieurs fois une blague à un patient Alzheimer, puisqu'il l'oublierait dans le quart d'heure?


D'aucuns diront que l'on peut rire de tout - mais pas avec tout le monde. Si nous avons l'habitude ici de prendre avec humour et dérision certains sujets qui commandent la gravité aux susceptibles, c'est tout de même avec un mélange d'admiration et de stupéfaction que nous avons récemment appris l'existence de pièges à souris version Alzheimer!

Cela se passe en Allemagne. Premièrement à Dussëldorf, mais les autorités concernées envisagent d'utiliser le concept à grande échelle. Et cela repose sur un constat navrant :

Le patient Alzheimer en phase de démence avancée a méchamment tendance à perdre sens de l'orientation, repères spatiaux et temporels. En pleine crise de confusion, le patient Alzheimer ne sait plus où il est, ni quel jour, et même pas quelle année. La première chose qui lui traverse alors l'esprit, dans une large proportion des cas, c'est son chez-lui et sa volonté d'y retourner. C'est par exemple pour cette raison que lorsque l'on cherche un patient Alzheimer qui a disparu, on vérifie en premier lieu son ancienne habitation, son lieu de travail, les gares, les arrêts de bus... ou tout endroit susceptible de lui rappeler ces anciens logements, ou de constituer une étape vers ceux-ci (routes!).

C'est sur la base de ce constat, qu'un établissement pour sénior de Benrath, Düsseldorf, a testé de faux arrêt de bus qui fonctionnent comme des pièges à mouches - pour des êtres humains particuliers. En phase de confusion, le patient Alzheimer tente régulièrement de quitter la clinique dans laquelle il est soignée. Dès qu'il voit l'arrêt de bus, il y est souvent happé par le souvenir que pour rentrer chez lui, bien qu'il ne sache où il est et comment y parvenir, le bus pourra sûrement l'y emmener.

Moralité, l'équipe de soignants, dès qu'elle constate une disparition, n'a plus qu'à aller cueillir le déserteur aux portes de la clinique, dans le piège à souris. Comme je le disais en introduction, on peut être à la fois admiratif, interdit et choqué...