Cours : Accès au lexique mental, phénomène d'amorçage, traitement syntaxique



Les concepts de pré-activation et d'émergence dans le champ de conscience d'un mot et de sa signification (sémantique), dû au traitement de l'information sonore (après qu'elle ait été entendue, segmentée...) sont nés à partir des expérimentations mettant en jeu la compréhension du langage. Il apparait, grâce au phénomène d'amorçage, que le système cognitif humain organise sa mémoire, et notamment celle des concepts langagiers que nous utilisons quotidiennement, sous une structure élaborée.

Accès au lexique mental

Ensemble des représentations conceptuelles auxquelles correspondent les entrées sensorielles d'une séquence de traits, lettres, phonèmes. Ces représentations associées sont d'ordre sémantique et phonologique. On parle de lexique mental pour désigner ce que contient la mémoire et qui correspond à chaque unité de lecture : ainsi, chaque lettre possède une entrée correspondante en mémoire, chaque mot ou expression également.
-- definitions-de-psychologie.com : lexique mental
Le lexique mental contient donc l'ensemble des formes apprises du langage, tant les unités élémentaires que les mots eux-mêmes. Il s'agit d'une sorte de dictionnaire organisé, présentant des entrées auxquelles sont reliés les significations diverses du concept, mais également les concepts, ou traits proches de celui-ci. Cette organisation structurée est mise en évidence par l'existence d'un effet d'amorçage.

L'effet d'amorçage (ou de contexte) est la capacité du système cognitif à reconnaitre plus rapidement (c'est-à-dire, pré-activer) les concepts liés, d'une façon ou d'une autre, à un concept que l'on présente préalablement, et qui est perçu (pas forcément de façon consciente!). Mis en évidence en premier lieu par Meyer et Shavaneveldt (1971), l'amorçage fonctionne seulement lorsqu'il y a connaissance au préalable : dans ce cas, on observe, lors d’expérimentations (par exemple de reconnaissance de mots, de lettres...) une rapidité accrue de reconnaissance de certains mots et concepts (déjà connus, donc mis en mémoire) liés à un matériel informatif présenté.

L'effet d'amorçage dépend notablement de l'habituation à avoir conscience de ces concepts en même temps : lorsque l'on parle de couleurs, par exemple, on a plus tendance à associer le mot "rouge" au mot "jaune" qu'au mot "horodateur". Il s'ensuit que si le mot jaune est présenté furtivement, le concept "jaune" est pré-activé dans le lexique mental. Sa reconnaissance future est facilitée (plus rapide). A une échelle moindre, la reconnaissance du concept "rouge" est également facilité. Le concept "horodateur", par contre, a peu de chance d'être activé (sauf si pour une raison ou pour une autre, la personne qui réalise le test a l'habitude d'associer l'horodateur à la couleur jaune!).

Mais la compréhension du langage ne se limite pas à la compréhension des mots. Encore faut-il reconnaître leur structure (de quels manière se suivent les mots, quels liens entretiennent-ils dans la phrase, que signifient-ils ensemble?)
 
Traitement syntaxique
Lorsque les mots d'une phrase sont reconnus, le système cognitif effectue un traitement syntaxique sur le flot de parole entendu. Pour se faire, il décompose le flux de parole en syntagmes, des groupements d'unités porteuses de sens (signifiantes), unies par une relation de dépendance, et se succédant dans un discours. Dans la phrase précédente, par exemple, "unies par une relation de dépendance" est un syntagme. La décomposition en syntagmes d'un discours permet d'appréhender le sens de chaque groupement de mots, et par conséquent, d'en saisir petit à petit le sens dans l'ensemble (analyse syntagmatique). La syntaxe est par ailleurs l'étude de la manière dont les différentes unités syntagmatiques se combinent entre elles.

De manière intuitive, on peut donc résumer les mécanismes de la compréhension du langage comme suit :

1. On donne une signification à chaque mot (traitement lexical)
2. On repère les relations entre les mots et leur sens (traitement syntaxique).
3. On analyse le sens littéral du discours (traitement sémantique)
4. Dernière étape : contextualisation et interprétation en fonction de l'intensité de signification du locuteur (traitement programmatif).
Traitement syntaxique et grammaire intériorisée de Chomsky

Linguiste et informaticien américain ayant effectué de nombreux travaux dans les années 1950-60-70, Noam Chomsky développe, pour décrire la grammaire de toute langue, un principe de 3 éléments se combinant : une action, un objet, un effecteur qui produit l'action sur l'objet. Selon Chomsky, n'importe quelle phrase pourrait être décomposée avec ses seuls trois éléments, lesquels peuvent se combiner en syntagmes, des groupements d'ordre sémantique supérieurs (par exemple, syntagme verbal : un verbe et un sujet). Par exemple, pour :

P = phrase ; SN = syntagme nominal ; SV = syntagme verbal ; A = Article, V = Verbe ; N = Nom. On a : 
P
--> (SV) + (SN)
--> (A + N + V) + (A + N)
--> (Le + vent + chasse) + (les + nuages)

Néanmoins, si l'on ne considère que ces éléments et les relations qu'ils entretiennent, nous ne pouvons comprendre comment nous comprenons le langage : en effet, certaines phrases ne sont comprises qu'avec le contexte, d'autres peuvent se comprendre de plusieurs façons (voir l'exemple du pigeon : le langage, psycholinguistique et linguistique). Selon Chomsky, lorsque l'on tente de comprendre la phrase, on analyse toutes les structures possibles (et donc tous les sens possibles), et l'on détermine la bonne grâce au contexte. Cette vision de la compréhension du langage se révèle très optimiste : comment et pourquoi ferait-on alors des erreurs d'interprétation? Comment la compréhension pourrait-elle être si rapide si l'on analyse toutes les possibilités à chaque fois?

C'est en partie pour ces raisons que Frazier propose une autre explication, suivant l'inévitable principe d'économie : nous accèderions d'abord au sens le plus simple (la structure la plus simple), qui se retrouverait activé en premier. Selon le contexte, on déterminerait si cette structure se révèle sensée ou inadéquate, auquel cas, on poursuivrait notre recherche avec une nouvelle structure.

Cette explication a le mérite d'expliquer un effet classique observable lors de la lecture : lorsque nous lisons, notre œil s'arrête (saccade oculaire) sur les mots et expressions significatives. Nous parcourons ainsi une phrase et passons plus de temps à fixer les mots ou expressions qui changeraient le sens de ce que nous avons lu auparavant dans la phrase, plutôt que sur des mots qui confirmeraient le sens que le début de phrase laisserait suggérer. Le regard se fixe également plus longtemps sur le mot qui lève l'ambiguïté, lorsque le début de la phrase est effectivement ambigu.