Cours : De la formation des lettres à l'écriture orthographique



Lorsque les lettres sont correctement représentées (dessinées), l'étape d'acquisition d'une production graphique permet à l'enfant d'apprendre à comprendre ce qu'il va écrire, d'abord, en associant lettres ou groupes de lettres avec les formes auxquelles ils correspondent, en associant ces formes à des sons. L'apprentissage de l'écriture se fait en parallèle de l'apprentissage de la lecture, qui va contribuer à renforcer ces liens entre formes graphiques et sons.

Les liaisons visuo-graphiques 

Les liaisons visuo-graphiques correspondent aux liens entre la forme visuelle de la lettre ou du mot et la réalisation motrice (le dessin, l'écriture des lettres ou mots). L'apprentissage de ces liens commence dès la maternelle, puis fait un bond au CP, lorsque l'enfant apprend de manière systématique à représenter des lettres. Établir des liens corrects nécessite de développer ses capacités de préhension (tenue du crayon, utilisation, gestes moteurs associés à la réalisation des courbes et traits) et de coordination (feedback visuel permettant une réalisation graphique tout en la surveillant au moment même où on la réalise). Or, ces capacités ne sont pas exactement innées :

- 3-4 ans : l'enfant ne présente aucune coordination, ce que Lurçat (1971) décrit comme un graphisme primitif, ne lui permettant pas, par exemple, de reproduire un modèle graphique correctement.
- 4-5 ans : des liaisons commencent à s'établir, mais seulement en ce qui concerne les lettres et leurs correspondance graphique. Les liaisons visuo-graphiques n'occurent encore pas au niveau des mots.
- 5-6 ans : la coordination s'améliore, d'autant plus avec l'habitude de l'écriture systématique au CP. L'enfant devient capable de copier un modèle graphique de lettres ou de mots. Mais surtout, il peut conserver en mémoire ce modèle et le reproduire plus tard.

Les liaisons auditivo-graphiques 
Les liaisons auditivo-graphiques correspondent aux liens qui s'établissent entre les sons entendus et les formes graphiques (sous dictée). L'enfant devient capable d'aligner les mots suivant un ordre dans l'espace de la feuille. 2 facteurs nécessaires, 2 capacités à acquérir pour maîtriser ce niveau :
1. La capacité à mettre en correspondance la succession orale des mots dans la durée et la succession graphique des mots sur la feuille de papier.
Cela signifie que l'enfant doit se montrer capable d'ordonner son écriture pour que celle-ci reflète les sons entendus, attendu que deux sons se suivant dans le temps, sous dictée, doivent alors se suivre de la même façon dans leur représentation graphique (le second est écrit après le premier)
2. Un réglage de nature visuo-motrice.
L'enfant doit apprendre à positionner correctement un nouveau mot par rapport à celui qui le précède sur la ligne, ou par rapport au bord de la feuille.

Du point de vue développemental, on observe 4 étapes successives aboutissant au positionnement graphique correct
- Désordre complet, avec mots placés n'importe comment
- Étape de la ligne primitive : l'enfant enchaîne des lettres, des fragment de mots, sans espacement entre ceux-ci.
- Liste verticale : c'est la 1ére apparition de l'organisation de l'espace graphique ; l'enfant note chaque mot ou fragment qu'il a identifié, en général sur le bord gauche de la feuille. Arrivé en bas, il recommence une 2ème colonne.
- Étape de l'alignement : il réussit à écrire en ligne puis en colonne.

Le réglage visuo-motrice s'installe avec l'habituation à l'utilisation de deux critères principaux, grâce auxquels l'adulte alphabétisé gère généralement l'espace de la feuille sur laquelle il écrit : un critère local, lié au point d'appui, qui bouge avec l'écriture (souvent le contact de la main avec la feuille) et un critère global , lié à la vision d'ensemble de l'espace de la feuille. La vision a un rôle très important pour se repérer : on se sert par exemple des références "bord de la feuille" et "ligne précédente", que l'on ne peut prendre en compte qu'à condition de voir globalement l'espace de travail (d'écriture).

Les liaisons entre les formes sonores et la réalisation graphique
Ces liaisons correspondent aux liens entre les sons (ou formes sonores) élémentaires ou complexes, et leur représentations graphiques. Alors que l'étape précédente se focalisait sur la transcription de sons de lettres, principalement, en leur formes graphiques, de nouvelles liaisons, plus élaborées, se forment entre les sons (phonèmes ou syllabes) et les groupes de lettres (graphèmes). Les graphèmes sont envisagées comme les représentations élémentaires de phonèmes (unités élémentaires significative, de son). Là encore, l'apprentissage se fait par étape, quoiqu'en développement, des étapes ne se succèdent que rarement strictement, mais plutôt, se chevauchent.

- Au début de l'apprentissage, un son va correspondre au début du mot et un autre à la fin du mot (certains mots que l'enfant écrit n'ont plus la syllabe du milieu).
- On apprend au fur et à mesure à écrire des mots avec de plus en plus de syllabes. 
On observe parfois lors de ces étapes, l'oubli de lettres, lorsque deux voyelles ou deux consonnes se suivent directement. Voyelles et consonnes aident en effet l'enfant à structurer la séquence sonore et la représentation graphique lui correspondant, avec l'idée selon laquelle un changement sonore (passage d'une consonne à une voyelle ou inversement) segmente le mot.

L'individualisation du mot et langage écrit
Lorsque l'enfant sait écrire des mots, il ne les arrange pourtant pas forcément, du point de vue graphique, avec cohérence. On observe des coupures arbitraires sous dictée (exemple : "un a mi") ou à l'inverse, des mots collés (exemple : "lepetit"). Or, chaque mot a un début et une fin, chaque mot est individuel et indivisible. L'apprentissage de l'individualisation des mots ne se fera néanmoins qu'avec l'aide de la lecture, qui permettra à l'enfant d'acquérir le vocabulaire et sa correspondance graphique.

Plus élaboré, le langage écrit (l'écriture) implique, quant à lui, la transmission d'un message, d'une expression. Or, l'enfant a déjà appris auparavant à communiquer, de façon orale. On peut raisonnablement se demander si le développement du langage écrit présente les mêmes étapes de développement que le langage parler, hypothèse que Lurçat explore en 1971.
Le développement du langage oral se traduit par l'utilisation de mots seuls, puis plusieurs sans liens entre eux, puis des phrases structurées. Il s'avère cependant que ce shéma de développement ne se retrouve pas dans le développement du langage écrit, et ces grandes différences que l'on peut observer entre écrit et oral démontrent donc que le langage écrit subit un développement autonome. 
Au CP, lors du passage de l'oral à l'écrit, l'enfant perd parfois les verbes et les mots de liaison (simplification). Il a aussi tendance à faire des énumérations à l'écrit, plutôt que des phrases complètes. Lors des années de CE1-CE2, on observe une nouvelle preuve de l'autonomie du langage écrit, lorsqu'on voit apparaître des changements quantitatifs (inversion de tendance) : si l'enfant met une idée par écrit, ce qu'il écrit sera en définitive plus long que s'il avait exprimé oralement son idée. On observe enfin l'apparition dans l'écriture de ce qui est implicite à l'oral (narration, sentiments, descriptions d'état,…). L'écriture devient un véritable outil d'expression à part entière, lié à l'oral mais relativement indépendant.

Les difficultés d'apprentissage de l'enfant gaucher

L'apprentissage de l'écriture et son enseignement se base, comme de nombreux apprentissage moteurs, sur le modèle droitier. Les enfants gauchers ont donc quelques difficultés supplémentaires dans cet apprentissage. On note 5 difficultés majeures :
  • Propreté : La main qui écrit (gauche) suit l'écriture en passant dessus.
  • Sens graphique : en écrivant (normalement), on éloigne sa main du corps. Les gauchers vont avoir une tendance naturelle (spontanée) à aller de droite à gauche.
  • Posture : le coude bloque contre le corps en allant de gauche à droite, alors qu'un droitier éloigne son coude de son corps en écrivant de gauche à droite, cela peut entraîner des problèmes de colonnes.
  • Problèmes de feedback visuel : les gauchers ne voient pas ce qu'ils écrivent, ayant la main ou le bras dessus.
  • Inversion : liée au sens de rotation (exemple du cercle - voir "Les premiers pas vers l'apprentissage de l'écriture", dernier paragraphe), l'enfant gaucher rencontre des difficultés spécifiques dans la formation des lettres curvilignes