Cours : Développement de l'attention : le contrôle de l'activité



Si l'enfant développe ses facultés d'attention (notamment, sélective) par l'utilisation de stratégies ou de méthodologie d'exploration spécifique de son environnement, il devrait alors être sensible aux biais classiques d'attention que l'on observe chez l'adulte, tels que les effets d'interférence. Ceux-ci concernent en particulier l'attention involontaire, captée par l'environnement, des portions de celui-ci, ou des aspects spécifiques des stimulations, de façon automatique et irrépressible.


Ces interférences représente un paradigme classique de la recherche en psychologie cognitive, mises en évidence en premier lieu, en 1936, par le chercheur dont le test désormais célèbre portera le nom, Ridley Stroop.

Présentation du test de Stroop

Le but théorique d'un test de type Stroop, pour le participant, consiste à sélectionner (porter son attention sélectivement sur) un aspect d'un stimulus, en résistant aux autres aspects (nommés "distracteurs"). Dans la pratique, il s'agit de reconnaître l'aspect du stimulus sur lequel on veut porter son attention, et réagir selon la valeur de ce stimulus. Précisément, concernant le test de Stroop (1935), il s'agit pour le participant, de visionner une planche contenant des noms de couleur, écrits en encre colorée (par exemple, "Rouge", "Jaune"). Stroop avait créé ce test pour mesurer les effets d'interférence d'une dimension d'un stimulus sur le traitement d'une autre dimension de ce stimulus, avec la question : la lecture d'un mot influe-t-il sur la dénomination de la couleur dans laquelle ce mot est écrit?

Le test se compose de 3 planches :
- La première comporte 50 noms de couleur (10 lignes de 5 mots, 4 noms de couleur différents) écrits en noir : Planche 1.
- La seconde comporte ces mêmes 50 noms de couleur, mais écrits non plus en noir, mais en différentes couleurs (4 couleurs différentes correspondant aux 4 noms de couleur) : Planche 2.
- La dernière est composée de 50 rectangles de couleurs différentes (les 4 mêmes couleurs que la planche 2) : Planche 3.

On utilise donc 4 couleurs différentes et 4 noms de couleur différents qui leur correspondent : jaune, rouge, bleu et vert. 

La passation comprend 4 épreuves :
1/ lire le plus de mots possible à voix haute pendant 45 secondes (planche 1)
2/ lire le plus possible de noms de couleurs… (planche 2)
3/ nommer le plus possible de noms de couleur des rectangles... (planche 3)
4/ nommer le plus possible de noms de couleurs des mots colorés (qui sont des noms de couleur)... (planche 2)

Pour plus d'information, vous pouvez consulter : 
- Test de Stroop, l'expérience en ligne

Que peuvent nous apprendre les effets d'interférences? 

Dans ce test de Stroop, si la lecture des mots, qu'ils soient colorés ou non, est relativement aisée pour un lecteur normal, de même que la tâche consistant à dénommer la couleur de rectangles, il n'en va pas de même concernant la couleur des noms de couleurs. On observe un effet classique d'interférence : le lecteur ne peut s'empêcher de lire le mot lorsqu'il essaie de dénommer sa couleur. Ainsi, lorsqu'il doit dénommer, par exemple, la couleur du mot "Jaune", il lui arrive fréquemment de dire "jaune" au lieu de "rouge".

La lecture (chez un lecteur habitué) est devenue automatique, ce qui explique que la vision d'un mot coloré active le concept qui lui correspond, dans le système cognitif. Il faut donc, dans le cas de ce test, inhiber la lecture pour nommer la couleur du mot. Ce test permet par conséquent de mesurer la sélectivité de l'attention (capacité à diriger son attention sur une cible ou une seule dimension de cette cible). C'est une tâche très coûteuse (inhiber un processus automatique est très coûteux) au niveau cognitif.

L'attention repose en temps normal, sur un mécanisme de filtrage : on fait généralement attention aux stimuli ou aux dimensions des stimuli qui sont pertinents. Or, lors de la lecture, le sens du mots est généralement une information plus pertinente que sa couleur, d'où le développement progressif (par habitude à focaliser son attention sur le stimuli ou la dimension pertinente) d'un "filtre attentionnel"  qui permet de faire la sélection d'un événement particulier, et de négliger les événements non-pertinents, de façon quasi-automatique.

Néanmoins, on peut agir consciemment et volontairement sur ce système de filtrage, en inhibant les réponses automatiques (ou en écartant du champ de conscience, autant que l'on peut, la reconnaissance automatique des dimensions du stimulus). Cette capacité à inhiber les comportements automatiques, les perceptions automatiques, la reconnaissance automatique, signe en quelque sorte la bonne santé d'un système cognitif, ou précisément, la capacité d'un individu à contrôler ses traitements automatiques de l'information.

Analyse développementale

Dans les années 1960, les premières études sur le développement montrent systématiquement une augmentation des performances avec l'âge. Il apparait que le contrôle de l'attention n'est pas inné mais se développe donc, avec une augmentation des capacités attentionnelles dépendante, notamment, de l'âge.Précisément, on observe une augmentation jusqu'à 19 ans environ, des interférences moins régulières, avec amélioration du contrôle de l'attention jusqu'à 19 ans (un pic entre 13 et 17 ans) et une augmentation de l'interférence après 65 ans. Les jeunes enfants (Schiller, 1966) et les personnes âgées ont donc des problèmes pour inhiber les information non-pertinentes.

Avant 6 ans, on n'observe aucun d'effet d'interférence... ce qui est tout à fait normal, puisque les enfants ne savent pas ou peu lire. Il y a donc de meilleures performances… mais aucun intérêt à leur faire passer le test. En fait, le test est déconseillé avant 7-8 ans.

Étalonnage

Le principe de cette expérience a souvent été repris. Les étalonnages se font généralement sur 500 à 5000 personnes. Certains résultats de ce test s'observent de façon systématique, dans le cadre de la psychométrie et de la psychologie du développement :
- Epreuve 1 : effet de l'âge sur l'épreuve : augmentation régulière : les enfants, lorsqu'ils savent lire correctement, apprennent à lire de mieux en mieux. La lecture est donc une tâche qui prend de moins en moins de temps avec l'âge (et précisément, avec l'expertise/ l'habitude de la lecture)
- Epreuve 2 : effet de l'âge et du sexe (les filles sont meilleures) : là encore, avec l'âge et au fur et à mesure que les capacités de lecture s'améliorent, les enfants lisent de plus en plus rapidement les mots colorés. Les filles semblent moins affectées par la distraction que représente la couleur du mot.
- Epreuve 3 : effet de l'âge : de la même façon que la capacité de lecture, la capacité de dénomination des rectangles s'améliore avec l'âge
- Epreuve 4 : Cette épreuve présente une double condition : avec l'âge, et au fur et à mesure que la lecture s'améliore, l'effet d'interférence s'intensifie. D'un autre côté, la sélectivité de l'attention (capacité à inhiber la lecture pour ne prendre conscience que de la couleur) s'améliore, diminuant d'autant l'effet d'interférence... Mais l'effet d'interférence atteint un pic très tôt et augmente beaucoup moins vite à partir du moment ou l'enfant sait lire (7-8ans). On observe donc une diminution progressive de l'effet d'interférence, signant l'instauration d'un meilleur contrôle de l'activité (meilleure inhibition des processus automatique)

En comparant les capacités de lecture et les capacités d'inhibition (analyse comparative des résultats sur les 4 épreuves), on peut en déduire que les enfants de 7-8 ans, comme les adultes très âgés, présentent des faiblesses d'inhibition (et donc une interférence forte, donc un mauvais contrôle de l'attention). Le contrôle de l'attention (sélectivité) s'améliore nettement au delà de 8 ans, pour atteindre un pic entre 13 et 17 ans, puis se stabilise après 19 ans. C'est à cette épreuve que les enfant les moins capables de contrôler leur attention, se trompent le plus. Les filles sont généralement meilleures que les garçons.