Cours : Estimation de l'influence de l'hérédité et du milieu sur l'intelligence



Si désormais, le débat inné/acquis n'a plus pour but de conclure sur l'origine de l'intelligence (nous savons que les deux facteurs, héréditaire et environnemental, constituent chacun une part de l'origine des aptitudes mentales), il reste encore à déterminer dans quelle mesure chacun d'eux intervient, et de quelle façon (l'un prédomine-t-il, les deux se conjuguent ou s'opposent?).

Estimation quantitative du poids respectif des influences

Puisque l'on sait que le milieu autant que le patrimoine génétique, ont une influence sur le développement de l'intelligence et des aptitudes mentales, on souhaite désormais les départager, avec l'idée selon laquelle on pourrait quantifier leur influence respective, par exemple sous forme de pourcentage. 

Si le facteur génétique (hérédité : H) semble unique, le facteur environnemental, lui, peut se décomposer : il existe en effet un environnement commun à certaines personnes : par exemple, au sein d'une même famille, des frères et sœurs ont accès à une éducation similaire, les mêmes livres dans l'unique bibliothèque familiale, les mêmes programmes de télévision ou les mêmes jeux... On qualifie cet environnement, d'environnement commun (C). Cependant, ces mêmes frères et sœurs ont également leurs propres livres, loisirs, ils ne sont pas toujours ensemble et leurs expériences diffèrent donc sur de nombreux autres points. On parle alors, pour chacun d'eux, d'un environnement spécifique (ou unique : U).

A partir des résultats obtenus auparavant sur les ressemblances de QI, notamment chez les jumeaux véritables ou non, on peut quantifier les effets d'influence de chacun de ces facteur (H, C, U) en réalisant un système d'équation à 3 inconnus.
(Exemple)
Si l'on considère que :
rm = coefficient de corrélation entre les QI de jumeaux monozygotes (élevés ensemble)
rd = coefficient de corrélation entre les QI de jumeaux hétérozygotes (élevés ensemble)


1) C+H+U = 1
2) rm2 = H+C
3) rd2 = 0.5H+C


1) l'ensemble des facteurs héréditaires et environnementaux expliquent (sont l'origine) de l'Intelligence, ils expliquent donc, à eux trois, 100% du développement de l'intelligence.
2) le coefficient de corrélation entre les QI de jumeaux monozygotes exprime l'influence de l'hérédité et de l'environnement commun
3) le coefficient de corrélation entre les QI de jumeaux hétérozygotes exprime l'influence de l'hérédité (environ à moitié) et l'influence de l'environnement commun


on a alors : H=2(rH2 - rD2) ; C=2rD2 - rH2 ; U=1- rH2
Ce petit tour de passe-passe mathématique n'est pas à proprement parler rigoureux, mais en réalisant plusieurs systèmes à 3 inconnues (par exemple, en interprétant les résultats entre frères et sœurs) et en multipliant les études dont les résultats servent à ce calcul, on se rend compte que les valeurs oscillent régulièrement autour des valeurs suivantes : 

H=52% ; C=34%; U=14%.
(Il s'agit des valeurs exactes pour rm2 = 0.86 et rd2 = 0.60, valeurs issues des études sur les différences inter-individuelles d'intelligence chez les jumeaux)

On donne souvent à H le nom de coefficient d'héritabilité. Ces valeurs sont tout de même assez variables en fonction des études, certaines lui accordant une valeur H=72%

Ces valeurs confirment, en ce qui concerne le QI (et par extension théorique, l'intelligence), une grande part d'influence de l'hérédité, mais également une forte influence de l'environnement commun. L'influence des expériences strictement personnelles, contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre, serait assez  limitée.

Des critiques méthodologiques peuvent être émises : l'estimation repose sur des valeurs, des indicateurs, peu fiables. On peut également se demander dans quelle mesures on peut généraliser les scores, car ces calculs sont restreints à une population donnée (principalement, les études se concentrent sur les jumeaux). De plus, l'idée selon laquelle chaque facteur auraient une valeur d'influence n'est pas forcément sensée : il pourrait y avoir une part d'interaction, l'influence de l'hérédité s'exprimant alors dans certains milieux plus que dans d'autres.

C'est par ailleurs ce qu'avait déjà montré Tryon, longtemps auparavant (voir cours suivant : interaction entre hérédité et environnement dans le développement de l'intelligence)