Cours : Évaluation des aptitudes et notion de Quotient intellectuel



L'idée d'une mesure ordonnée de l'intelligence fut premièrement inspirée à Alfred Binet, lorsque l'éducation Française lui demanda en 1904 d'établir un moyen de discerner au sein des jeunes élèves, ceux qui pourraient suivre un cursus normal et ceux dont la faiblesse des facultés les obligerait à recourir à une éducation spécialisée. 

Alfred Binet a alors l'idée d'un instrument de mesure établissant un indice de l'intelligence, une estimation chiffrée du niveau mental d'un élève. Alors qu'il construisait son test, il se rendit compte que certains items proposés, se révélaient spécifiques d'un âge donné : certains items (plus tard catégorisés comme "items d'âge mental 5 ans") étaient ainsi réussis par 50% des élèves de 5 ans, par la quasi-totalité des élèves de 6 ans, et échoués par la majorité des élèves de 4 ans. Il en allait de même pour d'autres items, concernant d'autres âges.

Cette constatation l'amena a évoquer l'idée d'un âge mental : si l'âge mental correspondait généralement à l'âge physique réel, certains élèves, dits "surdoués", réussissaient des tests d'âge mental supérieur à leur âge physique. A l'inverse, d'autres élèves, dits "retardés" présentaient un âge mental inférieur à leur âge physique. Binet construisit donc une épreuve composé de plusieurs tests et de nombreux items, permettant d'établir un score brut d'âge mental, que l'on pouvait comparer au niveau d'âge mental attendu pour un âge physique donné. La comparaison (le rapport) entre l'âge mental déterminé par la passation de l'épreuve avec l'âge mental attendu (pour un âge physique donné) constituait donc un indice à partir duquel on pouvait classer les élèves, comme, par exemple, débiles profonds, légers, normaux, doués, surdoués... 

Ce test eut énormément de succès non seulement dans l'éducation scolaire, mais également en pratique clinique, et donna le coup d'envoi de la fabrication de tests et d'épreuves censés mesurer l'intelligence.

Stern (1912) reprit la démarche de Binet en proposant de calculer un Quotient Intellectuel sur la base des âges réels et mentaux. La formule qu'il propose est le rapport de l'âge mental sur l'âge réel, facteur 100. Ce QI est nommé QI de Stern en son honneur. Qu'il s'agisse d'un problème ou d'une caractéristique bienvenue, cette formule induit un décalage d'estimation au fur et à mesure de l'âge réel : le poids d'un même décalage (par exemple deux ans de retard) sera différent selon le moment auquel il est observé : ainsi, un enfant de 14 ans accusant un retard mental de 2 ans aura un QI de 87.5, tandis qu'un enfant de 5 ans accusant un retard de 2 ans aura un QI de 60. Un retard dans le développement est donc jugé d'autant plus grave qu'il est détecté précocement.

Calculer un QI sous cette forme présente néanmoins deux inconvénients sûrs :
  • On ne peut pas l'utiliser chez l'adulte dans la mesure ou certaines aptitudes mentales ne se développent plus ou trop peu.
  • On ne peut pas faire de comparaisons inter-âge avec ce QI. Par exemple, on ne sait pas dans quelle mesure un enfant de 6 ans qui a un QI de 60 est en retard, s'il a été diagnostiqué auparavant avec un QI de 50 : on ne sait pas si cela correspond au décalage, y a-t-il eu une amélioration ou une aggravation?
Pour pallier à ces problèmes, David Weschler construit une batterie d'épreuve, la Weschler Adult Intelligence Scale (WAIS, auparavant échelle de Weschler-Bellevue, 1939, 1955), dédiée à la mesure de QI pour adulte, ainsi que la Weschler Intelligence Scale for children (WISC), qui donne l'occasion de comparer des QI à des âges différents. 

Le QI de Weschler a rencontré un franc succès, et est désormais nommé QI standard, bien que cette notion de QI n'ait au final, plus rien à voir avec le calcul d'un quotient. L'intérêt du quotient calculé est de pouvoir situer un sujet dans son groupe d'âge, c'est-à-dire en référence à des individus de son âge.

La batterie d'intelligence de Weschler est constituée de 11 sub-tests. Pour construire ce test, Weschler réalisa une distribution de scores bruts sur différents individus, à des âges différents. La moyenne des scores obtenus se situe dans les alentours de 23, le maximum vers 50, le minimum est 0. Cette distribution était alors normalisée afin que sa moyenne devienne 100 : l'écart-type était alors de 15 (cet écart-type est une valeur régulièrement utilisée pour interpréter le résultat : par exemple, un score inférieur à la moyenne, moins un écart-type, signe une débilité légère). Le fait d'avoir non plus des scores bruts mais des notes standards (normalisée) permet de remédier aux problèmes du QI de Stern : on peut l'utiliser pour les adultes, et on peut comparer directement des QI obtenus à des âges différents. Le QI de Weschler est désormais régulièrement utilisé, et considéré comme l'une des épreuves les plus pertinentes dans l'estimation de l'intelligence générale (globale).