Cours : Interactions hérédité - milieu dans le développement de l'Intelligence



Tenter d'estimer, de quantifier, les valeurs de l'influence des facteurs héréditaires et environnementaux, dans le développement de l'intelligence, n'a finalement jamais réellement abouti, pour une raison simple : ces facteurs pourraient bien ne pas se montrer aussi indépendants les uns des autres, que l'on n'en juge à priori, et l'opposition génétique versus milieu pourraient donc bien n'avoir qu'une signification limitée.

Interactions hérédité-milieu

C'est une nouvelle fois grâce à Tryon et ses études sur l'animal, que l'on en apprend davantage sur les influences de l'hérédité et de l'environnement. Rappelez-vous : Tryon (1942), dans une première étude, sélectionnait des rats particulièrement efficients et les croisait entre eux, faisant de même avec un autre groupe, de rats peu-efficients. Il constatait alors le pouvoir de l'hérédité :  pendant plusieurs générations, les descendants des couples de rats "intelligents" (en fait, précisément, il s'agissait de "rats apprenant plus vite, par rapport à la moyenne, à s'orienter dans un labyrinthe") se montraient également très performants dans les mêmes exercices que l'on avaient soumis à leurs aïeux (voir : origine des différences inter-individuelles d'intelligence, l'expérience de Tryon).

Tryon n'avait pas fini de s'amuser avec ses cobayes : s'intéressant toujours à ces deux lignées de rats performants et non-performants, il décide de placer des jeunes dans différents milieux pour estimer l'impact du milieu sur le développement de l'intelligence. Il sélectionna donc 6 groupes de rats (3 groupes de performants et 3 groupes de non-performants) et les fit évoluer : 

1 - un groupe de performants et un groupe de non-performants dans un milieu naturel
2 - un autre groupe de performants et un autre groupe de non-performants dans un milieu appauvri (on prive les rats de jeux et ils n'ont qu'une mangeoire) ; 
3 - un autre groupe de performants et un autre groupe de non-performants dans un milieu enrichi (plein de jeux et de nourritures différentes). 

Après quelques temps, les mêmes mesures que dans l'expérimentation précédente (voir l'expérience de Tryon, 1942) étaient effectuées, donnant des résultats exprimés dans le graphique suivant : 


En moyenne, les rats issus d'aïeux performants se montraient effectivement performants, surtout en milieu naturel. Le labyrinthe constitue donc apparemment, une bonne épreuve de mesure d'adaptation des rats au milieu naturel. Mais surtout, le fait que les rats issus d'aïeux performants réussissent mieux la tâche du labyrinthe, que les rats issus d'aïeux non-performants (alors que tous se sont développés en milieu naturel ou enrichi) confirme le fait que l'hérédité joue un rôle essentiel  dans le développement de certaines aptitudes mentales. (Tryon utilisait le terme d'intelligence au lieu d'aptitudes mentales, mais cela supposait que le test du labyrinthe était une mesure fidèle de l'intelligence - supposition qui nous semble bien présomptueuse).

Toutefois, on constate que, lorsqu'ils se sont développés dans le milieu appauvri, les rats supposés efficients n'ont pas les performances que l'on attend, la tendance s'est même inversée puisque les rats jugés peu efficients s'en sortent mieux! Le milieu est peut-être tellement contraignant que les rats efficients ne peuvent pas exprimer leur patrimoine génétique. Quoiqu'il en soit, la conclusion importante de ses résultats est qu'il existe bel et bien une interaction entre les deux facteurs, hérédité et environnement : l'environnement peut même inverser, selon les résultats exposés ci-dessus, les bénéfices de l'hérédité en ce qui concerne l'intelligence ou les aptitudes mentales!

De plus en plus, la grande tendance en psychologie différentielle est de poser le problème en terme d'interaction entre facteurs héréditaires et environnementaux, lorsque l'on parle des origines des aptitudes mentales (y compris l'intelligence). Seuls quelques héréditaristes et environnementalistes extrêmes estiment encore que l'un prédomine nettement l'autre. 

La recherche s'est notablement déplacée vers d'autres sources de questionnement :
  • Concernant l'influence de l'hérédité, la tendance actuelle est de connaître, d'avoir une idée précise, du ou des gènes concernés, et leur influence respective. 
  • Concernant l'influence du milieu, on essaie de préciser les composantes qui ont le plus d'impact.