Cours : le langage, de la parole à la compréhension



Entre ce que l'on pense et ce que l'on dit, entre ce que l'on dit et ce que l'autre entend, entre ce que l'autre entend et ce que l'autre comprend... Il y'a bien des moments lors desquels l'information est modifiée! Toutefois, lorsque le message est émis sous forme de parole, comment s'achemine-t-il vers la conscience et la compréhension?

Caractéristiques de la production et de la perception de la parole

Le message véhiculé dans le langage ne peut pas l'être n'importe comment. Si nous sommes habitués à un débit fluide pour aider notre compréhension, celui-ci n'est ni suffisant, ni la seule caractéristique importante dans la perception de la parole. 

Le traitement du langage au niveau de l'organe sensoriel est limité, par les possibilités physique même du système auditif : au delà de 15 phonèmes par seconde, le débit est bien trop rapide pour que nous puissions comprendre ce qui n'apparait alors pour nous que comme du charabia en mode accéléré. Au delà de ce débit, il y a incompréhension, liées aux limites de nos organes sensoriels (oreille et système auditif interne). En amont, il est évident qu'en essayant de parler trop vite, on dénature le langage et le sens des paroles véhiculées. Il y a là aussi des limites liées aux organes, pour la production du langage.

L'agencement des phonèmes dans le langage oral intervient de façon équivalente à celle de l'agencement des lettres de l'écrit. Nous avons plus de facilité à reconnaitre des mots, des suites de phonèmes (unités élémentaires phonologiques ayant un sens) si ceux-ci sont fréquents dans le langage courant, c'est-à-dire, en fait et plus précisément, lorsque nous y sommes habitués.

Le langage oral présente un phénomène de co-articulation : la production d'un phonème affecte la production du suivant. L'écoute d'un phonème influe également sur le suivant, de même que l'écoute simultané de deux phonèmes.

Le système cognitif fragmente et segmente le langage :  lorsque l'on parle, ou que l'on écoute quelqu'un parler, on produit ou écoute un flot de paroles continu, or, les mots sont bel et bien distinct et compris de façon séparées (même si leur compréhension dépend notablement du contexte!).
 
Le système cognitif fragmente et segmente également les phonèmes, entraînant pour nous une perception catégorielle des phonèmes. Le phonème est l'unité élémentaire de langage, dépendante de caractéristiques telles que le V.O.T. (voice onset time). Le V.O.T est la différence entre le début de la vibration d'une corde vocale et du mouvement des lèvres (exemple, "Pa" est différent de "Ba", le premier faisant vibrer les cordes vocales après l'initiation du son "p").
 
La vision intervient dans la perception de la parole, par exemple avec la perception du mouvement des lèvres (effet Mc Gurk, 1976) : lorsque l'on entend un phonème mais que l'on voit les lèvres faire le même mouvement que si un autre phonème était prononcé, cette incohérence provoque une confusion dans la reconnaissance de la parole. Par exemple, si notre oreille capte le son "ga" mais que l'on voit un mouvement des lèvres correspondant à celui d'une personne prononçant "ba", nous avons l'impression d'entendre "da" et ce, même si on connait l'effet Mc Gurk, et si l'on sait comment se déroule l’expérimentation!
 
La reconnaissance des mots.
La reconnaissance des mots, grand sous domaine de la psycholinguistique, a donné naissance à de nombreux modèles explicatifs de la façon dont le système cognitif pourrait activer les concepts des mots et de leurs significations, à partir du matériel sonore perçu. L'un de ces modèles, connus sous le nom de Théorie de la cohorte (Marlen, Wilson & Tyler), postule l'existence de deux processus cognitifs principaux :

1/ Sur la base de l'information sonore (donnée physique), un ensemble de concepts candidats à la reconnaissance sont pré-activés dans le système cognitif. Cette pré-activation se traduit notamment, par la facilitation à reconnaître ces mots (par rapport à d'autres) lors d'une tâche de décision lexicale. Puisque ces concepts sont pré-activés sur la base de l'information sonore, ce sont généralement des homonymes ou des concepts dont la forme sonore est proche (route, préactive rouge, roule...).

2/ Le système cognitif prend certaines données en compte, d'ordre linguistique et contextuel, conduisant à l'émergence (activation pleine et entière) du concept correspondant à la forme phonologique perçue, dans le champ de la conscience. Le mot est reconnu. 

Bien que simple, cette théorie à le mérite d'introduire le concept de pré-activation et d'émergence dans le champ de la conscience, au delà d'un seuil d'activation. Les formes phonologiques sont traitées par le système cognitif et chaque ressemblance avec une information stockée en mémoire augmente d'autant plus l'activation de concepts proches, jusqu'à ce que l'un d'eux soit reconnu, c'est-à-dire, mis en correspondance avec un concept (représentation symbolique signifiante, associée à la forme sonore) contenu dans une sorte de dictionnaire mental des concepts, connu sous le nom de Lexique mental, mis en évidence par le phénomène d'amorçage.