Cours : Les premiers pas dans l'apprentissage de l'écriture



On pourrait croire que savoir écrire ne nécessite que de connaitre les lettres et savoir comment elles se combinent pour composer des mots. Cependant, en psychologie et précisément dans le domaine de la cognition et du développement, l'écriture est envisagée comme un tout : des gestes moteurs jusqu'à l'élaboration de discours structuré et significatif.

Pour apprendre à écrire, il faut :
- être capable de tenir un crayon
- apprendre à reconnaitre et écrire chaque lettre de l'alphabet (être capable de reconnaître une lettre puis de la reproduire)
- apprendre à combiner les lettres (cela nécessite d'apprendre des règles par cœur)
- organiser plusieurs mots pour organiser un message
Les premières production de lettres : dessins et pré-écriture.

Avant même de savoir écrire, l'enfant dessine. Si les dessins constituent les prémisses de l'écriture, dans le sens ou ils permettent à l'enfant d'expérimenter le tracé et le maintien d'un crayon, il faut néanmoins qu'il apprenne la différence entre écrire et dessiner - ce qui n'est pas sans poser problème : Luria (1929) remarque vite que l'enfant veut imiter l'écriture de l'adulte, en réalisant, par exemple des boucles sur ces feuilles. Cependant, la signification de l'écriture lui est étrangère : pour exprimer des phrases longues, il fait de longues séries de boucles en gribouillis, et de petites pour imiter les phrases courtes. 

Dès 3 à 4 ans, l'enfant est ainsi capable d'imiter le comportement, sans toutefois en saisir le sens. Ce comportement d'imitation signe néanmoins le début de l'écriture : un dessin qui n'a à priori aucune forme rencontrée dans la nature, exprime quelque chose (communication écrite), et la longueur de la communication fait varier la longueur des boucles, comme si la longueur de ces boucles représentait la quantité d'information à communiquer. Il faut attendre 5-6 ans, pour voir apparaître les premières lettres, signes spécifiques de l'écriture.

L'existence des règles graphiques

On ne forme pas les lettres au hasard, il existe des règles de production. La psychologie du développement va donc s'intéresser aux manières avec lesquelles on fait les lettres, et à l'acquisition de la capacité à former des lettres correctes. Pour cela, de nombreux auteurs se sont référés à un modèle déjà existant, formalisé pour décrire l'apprentissage, l'art, et la manière de dessiner : la "grammaire de l'action" (Goodnow et Levine, 1973).

Ce modèle servait à l'étude des dessins (comment on les forme) par l'examen des formes simples (traits, courbures, obliques …). Cette grammaire se compose de 7 règles qui déterminent le point de départ et la séquence de mouvement du dessin. Or, puisque l'écriture suit logiquement le dessin, n'est-il pas probable que l'on retrouve cette grammaire de l'action dans l'apprentissage du "dessin" des lettres?

Simner (1981) tente de répondre à cette question en comparant les 7 règles de dessin, avec la formation des lettres, chez des enfants de 6, 7 et 9 ans, dans un double-but : vérifier si l'on retrouve ces règles dans les formations spontanées des lettres par l'enfant, mais également dans l'enseignement de celles-ci. C'est également l'occasion de comparer si les règles dominantes sont celles que l'enfant emploie spontanément, ou celle que l'on lui enseigne. Or il apparait que si la majorité des règles se retrouvent spontanément, et qu'une très grande majorité est enseignée, l'enseignement des règles, mêmes utiles, prend peu d'importance. Que doit-on en conclure?

Certaines règles (4 sur 7) sont suivies de manière spontanée. La formation des lettres se rapproche de celle décrite par la grammaire de l'action, en ce qui concerne les dessins. Ainsi, pour 85% des lettres, on obtient ce qui est prédit avec les règles de la grammaire de l'action. La principale différence entre le dessin et l'écriture de lettres tient à la continuité : les enfants essaient de réaliser des lettres d'un coup de trait, alors qu'on leur enseigne, pour certaines lettres, à lever le stylo pour les terminer, ou inversement, lèvent le stylo avant d'avoir terminé une partie de lettre en entier. L'écriture reste donc très spontanée, et son apprentissage relève davantage de l'habitude (peut être acquise avec les dessins, auparavant) personnelle. Chaque écriture possède une composante personnelle, mais il existe néanmoins de nombreux invariants, dans l'art et la manière d'écrire les lettres.

Utilisation des règles de production dans l'écriture et dans le dessin

Toutefois, l'apprentissage (par l'enseignement) n'est pas non plus inutile. Certains apprentissages permettent ainsi d'effacer les comportements d'écriture "innés" (spontanés, ou provenant de l'habitude de dessiner). Spontanément, par exemple, les enfants ont tendance à dessiner un cercle, à partir du haut puis vers la droite (sens des aiguilles d'une montre). Vers 7-8 ans, cette tendance s'inverse, et l'enfant, commençant toujours par le haut, continue le dessin du cercle, cette fois-ci, vers la gauche.

L'écriture est donc à la fois issue de capacités innées ou spontanées, d'habitudes motrices liés à l'utilisation précoce de crayons, mais également de l'apprentissage théorico-pratique tiré de l’enseignement.

Savoir bien former les lettres ne suffit cependant pas pour savoir écrire : d'autres règles sont nécessaires (règles de grammaire, de vocabulaire,…). Même en ce qui concerne la formation graphique des lettres, mots, phrases... certaines règles supplémentaires interviennent. Par exemple, l'enfant doit apprendre à séparer ces mots d'un blanc, écrire en ligne droite, respecter une taille homogène des lettres...