Cours : L'étude du cerveau dans l'antiquité et au Moyen-Âge



Les traces antiques des premières connaissances acquises à propos de l'esprit remontent aussi loin que les sépultures : ces dernières témoignent d'une prise de conscience de l'autre, comme être possédant en plus de son corps, une partie invisible qui lui est propre, et est susceptible de continuer à évoluer malgré l'immobilité du corps, à la suite du décès. 


L'esprit et surtout ses manifestations, sont cependant liés à la continuité de la vie. Conséquemment, l'organe qui représente le plus cet état, est celui qui tout au long de la vie, ne cesse d'exprimer celle-ci : le cœur. Le Cœur est ainsi l'organe dont on considéra en premier, qu'il était le lieu dans le corps, de la vie et de l'esprit.

Le cerveau dans l'histoire antique

L'idée d'un cerveau "siège de l'esprit" ne s'est développée qu'avec l'observation du corps humain dans son ensemble, et de façon plus méthodique, par l'anatomie. Si les théories, celle du coeur-esprit, et celle du cerveau-esprit, ont leurs défenseurs dans la philosophie grecque (Aristote pour la première, Platon pour la seconde), c'est avant tout par la médecine que se développe la conception du cerveau comme centre de l'esprit, notamment, avec l'observation selon laquelle des dégâts à la tête, peuvent avoir des effets sur d'autres parties du corps.

Hippocrate (- 466 ; - 377) est ainsi l'un des premiers hommes de sciences qui tenteront de convaincre : 
"Les hommes doivent savoir que du cerveau et du cerveau seulement naissent nos plaisirs, nos joies, nos rires et plaisanteries aussi bien que nos peines, nos douleurs, nos chagrins et nos larmes".
Le concept n'est pourtant pas suivi : pour une période allant jusque vers la fin du Moyen-Âge, c'est le cœur que l'on considèrera comme source des pensées, des réactions. Les théories de Claude Galien (IIème siècle) sur les humeurs (bile, sang...) deviendront pendant un millénaire le système d'explication des émotions. Le coeur est alors "l'organe principal" par lequel un homme est ce qu'il est, et par lequel Dieu lui communique. 

D'autres cultures pourtant, portent les traces, à cette période, de questionnement à propos du rôle du cerveau. En Amérique du sud, par exemple, de nombreux outils de trépanation, permettant la dissection du cerveau, témoignent d'un intérêt porté à cet organe.
C'est néanmoins à partir de la Renaissance, particulièrement lorsque tombe l'interdiction faite par l’Église, de disséquer les corps pour la connaissance de ceux-ci, que débute une étude relativement scientifique du cerveau. Avant cela, peu d'auteurs se renseignaient directement sur l'anatomie, ou bien, le faisaient avec la plus haute discrétion, comme Léonard De Vinci, qui réalisa de précieux dessins et croquis.

Le tournant de la Renaissance

Le tournant scientifique est entrepris par l'anatomiste André Vésale, qui rejette la conception humorale des émotions humaines, et considère le cerveau comme le siège de la pensée. Cette suggestion est proposée à la suite de nombreuses dissections de cerveaux qu'il représente par des dessins précis, dont la pertinence parait rétrospectivement en avance sur son temps, compte-tenu de l'époque (XVIème siècle). 

L'approche scientifique se renforce avec l'émergence de philosophes expérimentalistes, tels que Descartes et sa méthodologie rationnelle, à l'origine de la méthode expérimentale scientifique dite "cartésienne". Descartes considérait cependant le cerveau comme tout autre organe, à savoir une mécanique (à l'instar de ses "Animaux-machines"), tandis que les nerfs étaient des vecteurs des "esprits animaux". L'idée de transmission d'ordres via les nerfs constitue néanmoins une avancée majeure dans la conceptualisation du substrat de l'esprit.

En 1873, l'espagnol Camillo Golgi, neurocytologue (il étudie les cellules nerveuses) découvre une nouvelle technique de coloration spécifique de certaines cellules. La "Réaction noire" (plus tard, renommée Coloration de Golgi, en son honneur) consiste en l'imprégnation des neurones par du nitrate d'argent ; cela leur donne une coloration très noire, et sélective. Après plusieurs observations, il avance l'hypothèse selon laquelle les neurones forment un réseau continu. De son coté, L'italien Ramon Y Cajal élabore l'hypothèse, grâce à cette même réaction noire et ses propres observations, d'un réseau contigu. Si l'on saura par la suite que les neurones sont effectivement séparés par des synapses et ne constituent pas exactement un réseau continu, les deux chercheurs seront co-lauréats du Prix Nobel de Physiologie-médecine (1906) pour leurs apports à la connaissance du système nerveux, que l'on considère désormais comme le siège des sensations, du mouvement, de la pensée.

Beaucoup d'études sont développées sur l'aspect fonctionnel du système nerveux, par exemple, dans le cadre des mouvements et de leurs liens avec l'électricité, découverte récente : Hermann Von Helmholtz mesure par exemple la vitesse de propagation de l'influx nerveux chez la grenouille, fait bouger des cuisses de batracien en leur appliquant des décharges électriques, montrant ainsi que l'électricité est vraisemblablement la méthode de conduction du signal par le cerveau ou la moelle épinière.

Ce n'est donc que vers la fin du XIXème siècle que l'on prend véritablement conscience du rôle essentiel du cerveau et du système nerveux central dans ce qu'on nomme l'esprit, l'âme, les émotions...

A partir de là, deux théories principales vont s'affronter pour déterminer comment le cerveau exerce son rôle de détenteur de l'esprit. Des thèses globalistes (holistiques) prétendront que le cerveau est un organe complet dont des parties seules n'ont aucun sens et un pouvoir limité. D'autres thèses avanceront que certaines fonctions cérébrales, spirituelles, sont prises en charge par des parties précises et distinctes du cerveau (thèses localisationnistes). L'un des précurseurs de cette thèse, François Joseph Gall, donnera naissance à une nouvelle discipline, la phrénologie, qui va bouleverser les conceptions scientifiques en Europe.