Cours : Mémoire, imitation et reconnaissance chez l'enfant



Sur le modèle de la psychologie cognitive, la psychologie du développement s'est intéressée très tôt à la mémoire de l'enfant, sa mise en place, sa qualité, ses caractéristiques. Dès son plus jeune âge, le bébé est capable de mémoriser certaines de ces perceptions, en témoignent son habileté à imiter le comportement d'adultes ou à reconnaître précocement plusieurs d'entre eux.

L'imitation

Les comportements d'imitations ont fait l'objet de nombreuses expérimentation en psychologie du développement. Par nature le comportement d'imitation nécessite la présence d'un tiers : lorsqu'un adulte, par exemple, fait un geste, si l'enfant le reproduit, alors cela signifie qu'il l'a perçu et mémorisé (hors cas de stéréotypie). Ce sont essentiellement les grimaces dont on remarque l'imitation, mais ces grimaces représentent un objet d'étude à la fois insolite et très intéressant.

Par exemple, tirer la langue : si on montre ce comportement à des enfants de 6 semaines, ils leur arrivent de reproduire le comportement et de tirer la langue. Néanmoins, le lendemain, l'imitation ne se reproduit plus, ce qui nous informe sur la qualité de la mémoire : il semble qu'elle soit tout de même limitée lors des premières semaines - vraisemblablement à la fois parce que le cerveau du nouveau-né est encore loin de son développement optimal, mais également parce que le système cognitif de l'enfant est lui même loin d'être stabilisé et structuré comme il le deviendra.  

Toutefois, les capacités d'imitation (et donc de mémorisation et de structuration des souvenirs) vont s'accroître et permettre de reproduire des séquences d'actions plus complexes et plus nombreuses. Le délai de rétention va également augmenter (l'enfant s'en souviendra plus longtemps).

Metzoff (1995) expérimente ces capacités de rétention auprès d'enfants de 14 et 16 mois. Un adulte appuie sur une boîte, ce qui a pour effet de déclencher une lumière, suscitant l'intérêt des enfants. Lors de l'expérimentation, il ne fallu que quelques essais pour que des enfants apprennent à imiter le comportement, en appuyant eux-même sur la boîte pour déclencher le signal lumineux. De ces enfants, on avait fait trois groupes : l'un (contrôle) à qui on ne montrait rien, deux autres groupes à qui l'on montrait le comportement (sans parler ou s'adresser directement aux enfants). Deux mois plus tard, on mettait les enfants (appartenant à l'un des groupes d'enfants ayant appris à se servir de la boîte auparavant) en présence de la même boîte. Le comportement d'imitation s'observait alors à nouveau. L'autre groupe d'enfants ayant appris auparavant à se servir de la boîte était testé 4 mois après l'apprentissage, et révéla la même propension à se servir à nouveau de la boîte. Il apparait donc que les enfants sont capables d'imitation différée, que ce soit après 2 ou 4 mois, de comportement. Les bébés ont donc une mémoire à long terme (MLT), non-verbale, et donc avant même de savoir parler.

Processus de reconnaissance

Phénomène plus élémentaire, la reconnaissance est nécessaire pour l'imitation : il faut en effet reconnaître une situation ou un objet pour adapter son comportement comme auparavant, ou comme on a vu faire auparavant.

Or, ce processus est présent quasiment dès la naissance (c'est le propre des phénomènes d'habituation et de réaction à la nouveauté). Mais l'intérêt en développement, réside dans le développement de cette capacité.

En 1975, Fantz Fagan et Miranda, avaient déjà montré que  des bébés de 2 mois qui sont habitués à un objet, s'en souviennent pendant 2 semaines. Néanmoins, de quelles caractéristiques se souviennent-ils?

Pour y répondre, Strauss et Cohen réalisèrent en 1978, une expérimentation classique basée sur l'habituation du nouveau-né : on présente aux bébés (âge de 5 mois), sur un écran, une cible graphique "flèche" ayant une forme, une couleur, une taille, une orientation propre. On habitue les bébés à ce stimulus (on leur présente ce stimulus jusqu'à ce qu'ils ne s'y intéressent plus). Par la suite, la cible précédente et une nouvelle sont présentées (la nouvelle ne différent que par une des 4 dimensions). Si le bébé reconnaît la cible 1, il va réagir à la nouvelle cible (s'il se souvient qu'elle était noire, il va réagir à la blanche) davantage qu'à l'ancienne. 

Strauss et Cohen réalisèrent la deuxième phase de l'expérimentation à 3 moments distincts afin d'en déduire quelles caractéristiques sont mémorisées et pendant quel laps de temps :
  • Immédiatement après l'habituation : tous les bébés réagissent à tous les types de modifications.
  • 15 minutes après : pas de réaction au changement de taille et à l'orientation. les enfants se souviennent donc de la forme et de la couleur.
  • 24 heures après : les enfants ne se souviennent que de la forme.
La caractéristique principale de reconnaissance est donc la forme de l'objet : c'est sur cette caractéristique, essentiellement, que se créé le sentiment de familiarité, et que la mémoire de l'enfant va se construire (permettant ainsi la reconnaissance, et possiblement l'imitation).