Cours : Mesure en psychométrie et apparition des tests mentaux



La psychométrie est la discipline scientifique issue de la psychologie différentielle, ayant pour but de réaliser des techniques de mesure des composantes psychologiques, notamment cognitives et affectives. Dans un souci de rigueur méthodologique, la psychométrie met un point d'honneur à éprouver ses techniques au plan de la validité, de la fidélité dans le temps, de la sensibilité discriminante.

Pourquoi vouloir mesurer des composantes psychologiques?

La partie réservée, très spécialisée, complexe et technique de la psychologie différentielle est la psychométrie, laquelle créé des épreuves et techniques permettant de mesurer des aspects psychologique, les tests. Avec les tests, on mesure les aptitudes - terme regroupant performances cognitives et traits de personnalité. Les buts d'une telle mesure sont multiples : 

1/ dans une visée expérimentale, la mesure permet d'obtenir des descriptions objectives, d'où des résultats et conclusions dans le domaine de la recherche sur l'esprit humain ;  
2/ dans une visée pratique, la mesure permet l'évaluation, le soin, la prévention... Une méthode thérapeutique n'a de sens que si elle se démontre comme efficace et dans le sens de la volonté thérapeutique (soin du patient, évaluation d'un enfant, prévention d'un groupe à risque, etc...)

Qu'est-ce qui se mesure et qu'est-ce qui ne se mesure pas ? Ce que l'on peut mesurer, ce sont des variables (précisément, leurs valeurs). La mesure de ce qui ne varie pas n'apporte aucune signification. Pour que la valeur d'une variable puisse être mesurée, il faut que celle-ci soit observable, c'est-à-dire, qu'elle aie un effet plus ou moins prononcé sur la réalité physique, que l'on puisse déceler directement. On peut également se renseigner sur un facteur invisible, de par la mesure des effets de variables qui lui sont liées, mais on ne parle pas de variables lorsqu'elles ne sont pas détectables directement (comme les traits de personnalité), puisqu'aucune mesure directe n'est possible.

Certaines mesures aboutissent à des classements, les mesures sont alors quantifiables. En psychologie, l'opération de mesure, consiste alors à faire correspondre une variation quantitative sur l'instrument de mesure à une variation de la dimension observée. Le test doit être sensible, dans le but d'obtenir des résultats (classement, échelonnage des individus). Un test insensible n'apporte aucun résultat cohérent concernant les différences que l'on pourrait observer, puisqu'il plafonne les variables à une seule valeur.

Il y a cependant des difficultés propres à ce genre de mesures, les mesures de dimensions psychologiques : les variables psychologiques sont abstraites, non-directement observables. Il va falloir une définition très précise de la dimension psychologique, définition qui devra être opérationnalisée. Opérationnaliser une variable, signifie mettre en correspondance une réalité physique (par exemple, le nombre de réponse à un test, cohérentes avec un diagnostic de trouble anxieux) avec une dimension psychologique invisible directement (niveau d'anxiété). Il existe généralement une multitude de tests pour les mêmes dimensions.

Ces tests représentent un type d'instrument très présent, en psychologie clinique, en psychologie du travail, de l'éducation, du développement et de la cognition. La psychométrie partage ainsi ses instruments avec l'ensemble des disciplines de la psychologie, elle est la base de la mesure objective des dimensions psychologiques, cognitives et affectives dont vont se servir les psychologues et chercheurs en psychologie, mais également d'autres professionnels, tels que conseillers scolaires, publicitaires, recruteurs, para-médicaux...

Historique de la psychométrie : l'apparition des tests mentaux

Wundt créa en 1879, à Leipzig, le premier laboratoire de psychologie expérimentale : avec la volonté d'objectiver la réalité psychique de l'individu, on y mesurait des processus cognitifs élémentaires, perceptifs, moteurs. L'associationnisme était le courant prédominant : on imaginait que les processus élémentaires expliqueraient, par combinaison, des processus supérieurs tels que mémoire ou intelligence.

Dans l'équipe laborantine de Wundt, Cattell était chargé d'étudier les différences observées dans la mesure de ces processus élémentaires. Il remarqua que ces différences étaient stables et pouvaient donc être reproduites : elles ne provenaient donc ni du hasard, ni d'une erreur de mesure. Il essaya donc d'utiliser ces épreuves pour mettre en évidence les différences, par exemple pour savoir si l'on pouvait prédire la réussite scolaire à partir de processus élementaires… mais échoua.

Un de ces contemporains anglais, Galton, (1880 ; 1884), cousin de Darwin dont il s'inspire largement, apporta dans le même temps une contribution importante au niveau de la méthodologie. Il teste sur l'espèce humaine la théorie de l'évolution (celle-ci postule, au sein d'une espèce, des variabilités, largement héréditaires). Partant du principe que certaines caractéristiques vont être plus favorables à la survie que d'autres, il explore la possibilité qu'une sélection se soit opérée au fil de l'évolution, favorisant certaines caractéristiques psychologiques plutôt que d'autres.

Il soulève ainsi des problèmes qui par la suite, deviendront des champs de recherche majeurs, tels que : "l'intelligence est-elle héréditaire?". Sa rencontre avec Cattell lui inspire l'utilisation de ses démarches et méthodes (mesure de sensations élémentaires), mais à une très large échelle : il crée alors un laboratoire d'anthropométrie et effectue des mesures sur des familles entières. Il invente le coefficient de corrélation, la notion d'arbre généalogique… Mais encore une fois, cependant, les tests élémentaires entraînent l'échec et ne peuvent valider ses théories.

Binet (1905) va solutionner le problème en acceptant l'étude de processus supérieurs par des moyens eux-mêmes adaptés à ce niveau. Travaillent dans un premier temps avec Simon, il est chargé par l'éducation de construire une échelle visant à dépister les enfants déficients intellectuellement. Il défend l'idée suivante : pour mesurer des processus (aspects) supérieurs, il faut mesurer des aspects complexes. Il crée donc la première batterie de tests, destinée à donner une vision globale de l'intelligence par la mesure de plusieurs des aspects qui lui sont généralement associés : raisonnement, langage, mémoire, vocabulaire... Des sub-tests (plusieurs petites épreuves) sont mis au point pour explorer ces dimensions. Son échelle de mesure de l'âge mental est un énorme succès, tant au niveau de la recherche qu'au niveau de la pratique. Il s'ensuit alors des adaptations, des traductions, des versions adultes… L'échelle de Binet-Simon signe le coup d'envoi de l'utilisation des tests.