Cours : Objectifs et méthodologie de la psychologie différentielle



La psychologie différentielle est l'une des branches de la psychologie parmi celles qui désirent le plus, fonder sa méthodologie sur une approche scientifique. Dans le but de caractériser les différences psychologiques individuelles, la psychologie différentielle se donne donc pour objectif une méthodologie rigoureuse, donnant naissance à des expérimentations concrètes pouvant être reproduites.

Quels objectifs, quelle ambition?

Comme il est précisé dans les définitions et caractéristiques de la psychologie différentielle, cette discipline souhaite avant tout mesurer les différences interpersonnelles dans une approche méthodologique valide, fiable, pertinente, et rigoureusement scientifique. Les mesures devront donc être objectives, et devront quantifier les différences avec fiabilité et sensibilité. Chaque description, chaque expérimentation, chaque résultat et chaque conclusion, devront être valables et réplicables par tous les observateurs.

La psychologie différentielle se donne également pour ambition d'interpréter des résultats objectifs selon plusieurs niveaux d'explication :

Un niveau global d'explication concernant l'homme, son évolution, le fonctionnement de son système cognitif/conatif. C'est le niveau le plus profond d'explication, visant à expliquer la nature des différences interindividuelles et leurs implications du point de vue de l'être humain. Prenons l'exemple de l'intelligence : de nombreuses études ont montré qu'il existe des variations inter-individuelles, mais ces différences tirent-elles leur origine de facteurs génétiques ou environnementaux, tels que l'éducation? Le débat classique sur l'origine et la dichotomie inné/acquis constitue l'un des grands enjeux de la psychologie différentielle.

Un niveau intermédiaire vise à expliquer, via des facteurs élémentaires, des phénomènes plus complexes. En parallèle avec la psychologie cognitive, la psychologie différentielle apporte des informations d'importance permettant d'étudier et comprendre le fonctionnement cognitif et affectif de l'homme, par l'exploration des grandes fonctions, aptitudes, attributs (par exemple, personnalité, langage, mémoire). Souvent chaque grande fonction ou aptitude sera subdivisée en domaine de recherche plus précis. Le type de questionnement que l'on se pose, par exemple : Comment comprend-t-on des textes illustrés (c'est-à dire quels sont les bénéfices des illustrations à la compréhension globale)? Certains en tirent des bénéfices, d'autres pas du tout : pourquoi alors y a-t-il des différences interindividuelles? A travers cette questions interviennent de nombreux processus cognitifs, tels que compréhension du langage, du contexte, traitement spatial et imagé... Une fois les différentes aptitudes mises en évidence, la psychologie différentielle tente d'en préciser la nature, leur origine (d'où viennent les aptitudes spatiales, la compréhension du contexte, etc...). 

La modifiabilité des différences constitue également un autre objectif, moins systématique mais complémentaire. Par définition, la normalité est représentée par le plus grand nombre, or certaines différences interindividuelles sont le témoin d'un écart à la norme. Par exemple, concernant l'intelligence, le QI moyen est de 100. En deçà de 75, on parle de résultats hors de la normalité (débilité légère). Tout l'intérêt d'expliquer les différences interindividuelles, leur origines, les possibilités d'évolutions et les moyens pour y parvenir, réside dans la possibilité de modifier ces différences. Souvent, selon Feuerstein, il s'agira de donner les moyens de normaliser (niveler) les différences interindividuelles jugées contraignantes.

Des outils et des méthodes particulières

La psychologie différentielle constitue l'un des pôles de la méthodologie en psychologie générale. Elle créé et utilise des tests, leur appliquant ainsi qu'aux expérimentations, une méthodologie rigoureuse. Elles inspire la recherche dans les autres disciplines de la psychologie et leur apporte des outils efficaces. classiquement, outils principaux et méthodes principales de la psychologie différentielle se décrivent comme suit :

Les tests 

Leur objectif primaire est de mesurer objectivement et décrire des différences. Les tests peuvent être standardisés (et le sont généralement) afin d'être pertinents, et de pouvoir se partager avec les autres disciplines. La psychologie différentielle est ainsi à l'origine d'une grande part des tests utilisés en pratique clinique. Les tests ne concernent pas seulement du matériel dur, mais également des méthodes expérimentales, de collecte d'information, de mesure, d'interprétation... 

Une méthodologie valide 

C'est principalement la méthode corrélationnelle. C'est la plus ancienne et la plus utilisée. Prenons l'exemple des illustrations et des aptitudes spatiales, cité précédemment : comment élaborer une expérimentation permettant d'explorer le lien? Il faut des sujets, puis une épreuve (ou mieux, un test standardisé) pour évaluer l'utilisation de l'illustration, puis pour évaluer les performances de chaque dans le domaine des aptitudes spatiales. Tous les sujets passent les deux épreuves. Le coefficient de corrélation permet d'évaluer dans quelle mesure les sujets vont s'ordonner de la même façon dans les deux épreuves, c'est-à-dire, permet d'indiquer l'existence d'une relation de dépendance entre les deux. Les conclusions seront du type : "les personnes ayant de bonnes aptitudes spatiales sont en moyenne de forts utilisateurs des illustrations dans la compréhension d'un texte" ou "plus les aptitudes spatiales sont élevées, plus on utilise les illustrations pour comprendre un document". Certaines conclusions pourront viser spécifiquement un groupe de personnes (par exemple, les personnes âgées) ou une capacité particulière (les enfants bons lecteurs).

Cette méthode s'est beaucoup développée, est devenue la méthode reine de la psychologie différentielle, mais elle ne constitue qu'une étape intermédiaire. Il ne faut jamais oublier que corrélation ne signifie pas cause !! Cette méthodologie ne montre donc pas de lien de cause à effet, mais suggère qu'entre une capacité A et une capacité B, existe un lien. A peut entraîner B, ou l'inverse, mais aussi et surtout, et ce sera le cas majoritaire : un facteur C influe sur A et sur B. Généralement, C ne pourra être que suggéré, et restera invisible (caractéristique non-observable ou pas de possibilité d'expérimentation directe) : le principe consiste donc à étudier A et B afin d'en déduire l'existence ou non d'une relation, puis, si possible, la nature de la relation. Dans tous les cas, l'étude de A et B nous renseigne sur C. A partir de l’expérimentation rigoureuse et reproductible, on aura donc accès à des caractéristiques non-observables directement.

D'autres méthodes et techniques peuvent être utilisées en psychologie différentielle. Une autre façon de procéder, par exemple et dans l'exemple cité, consiste à utiliser des groupes contrastés, en prenant sur un échantillon les centiles extrêmes (on compare ceux qui réussissent le moins bien et ceux qui réussissent le mieux) : ici, ceux qui se servent le plus des illustrations et à l'inverse, ceux qui s'en servent le moins. Si l'aptitude spatiale est corrélée à l'utilisation des illustrations, la moyenne de ceux qui se servent des illustrations sera plus grande que l'autre groupe, lors de la seconde épreuve, qui concerne l'utilisation des aptitudes spatiales.