Cours : Phrénologie et localisationisme en neuropsychologie



Si l'étude du cerveau depuis l'antiquité n'a pas réussi à en déterminer l'importance, la Renaissance offre un tournant scientifique pour lequel le système nerveux central deviendra le centre d'attention des physiologistes de l'esprit. Deux thèses s'affrontent : le cerveau comme un tout, le cerveau comme somme de parties.

Considérer le cerveau comme le siège de l'âme suppose que le cerveau soit indivisible, car l'âme est elle même une entité considérée indivisible. Ce postulat sera progressivement remis en cause, après l'observation de déficits spécifiques suite à une atteinte du cerveau. L'idée de portions cérébrales dédiées à des aspects de l'esprit, tels que les émotions ou la personnalité, le sens social ou les aptitudes motrices, donne le jour à une théorie restée célèbre pour ses abus et beaucoup moins pour le bouleversement théorique qu'elle constitue, la Phrénologie.

François Joseph Gall et la phrénologie

Ce neuro-anatomiste avait beaucoup étudié la répartition des substances grises et blanches, et dans une approche anthropologique, effectua de nombreuses mesures des crânes. Il en déduisit certaines caractéristiques qu'il croyait invariantes ou démonstratrices de fonctions de l'esprit : des régions du cerveau seraient fonctionnellement distinctes - et on les détecte à la forme du crâne. Cette hypothèse se révèlera en partie juste par la suite, mais dans la conception de Gall, elle dérive cependant sur la phrénologie (l'étude de la morphologie crânienne).

Le "découpage" phrénologique selon F. Gall
Gall explique ainsi que l'on peut déceler dans la forme même du crâne, les tendances de l'esprit de son possesseur. Par la mesure des parties saillantes ou rentrantes, on peut dès lors déterminer, par exemple, si une personne est un criminel en puissance (Gall travaillera beaucoup dans la branche de la médecine légale), s'il est bon en mathématique ou s'il est un bon père... Gall réalisera de véritables cartes phrénologiques comprenant des localisations correspondant à des qualités de l'esprit telles que la fidélité ou le patriotisme...

Cette conception est un bouleversement tant dans les sciences que pour les citoyens d'Europe. Plusieurs auteurs s'inspirent de ces théories dans des œuvres scientifiques ou littéraires devenues classiques, par exemple, "le Père Goriot" de Balzac, qui possède la "bosse de la famille".

L'expression "avoir la bosse de" (par exemple, avoir la bosse des maths) témoigne de cette époque, comme un rappel douloureux des abus de François Joseph Gall et de la phrénologie. On se souvient beaucoup moins des positions courageuses, et en avance sur son temps, de cet auteur : considérer le cerveau comme un organe modulaire (avec des portions localisées correspondant à des fonctions spécifiques), considérer le malade mental criminel comme un patient que l'on peut soigner... Gall était un profond humaniste dont on ne retient hélas que l'erreur de sa théorie phrénologique.

Le localisationnisme de Broca

C'est pourtant Gall le précurseur, qui inspire une conception localisationniste du cerveau, conception qui sera reprise à sa suite en 1861, par le docteur Paul Broca. Lorsque celui-ci admet un patient présentant de sérieux troubles du langage, il observe au mieux cette fonction telle qu'elle se présente sur le patient vivant. Après la mort de celui-ci, Broca dissèque son crâne et remarque une lésion cérébrale sur l'hémisphère cérébral gauche. Cette région spécifiquement atteinte du cerveau se trouve dans le lobe frontal, côté gauche, et concerne donc une portion précise de cortex.

Il met alors en correspondance cette portion de cerveau avec la fonction langagière, considérant celle-ci comme l'une des grandes fonctionnalités du cerveau humain. Broca reprend donc l'hypothèse localisationniste du cerveau, lequel possèderait des régions fonctionnellement distinctes, mais au niveau des fonctions cognitives supérieures telles que langage et mémoire, et non des aspects comme ceux que décrivait précédemment Gall, dans une approche que se basaient davantage sur un cadre sociétal que sur un cadre biologique ou fonctionnel.

A partir de ce moment, Borca va collecter les cerveaux de patients morts, qui de leur vivant, présentaient des troubles spécifiques (principalement, du langage), espérant ainsi montrer que des troubles particuliers proviennent de lésions localisées, de manière invariante, sur des portions spécifiques du cortex. Il remarque alors qu'une aphasie comme celle de son premier patient (une aphasie de type motrice) n'a lieu que lorsque le côté gauche du lobe frontal est touché : la même lésion à droite ne produit pas le même effet.

Grâce à ses travaux, Broca confirme donc, pour part, l'hypothèse localisationniste, et avance l'idée d'une spécialisation cérébrale : hémisphères gauche et droit du cerveau sont homologues mais ne gèrent pas pareillement certaines fonctions, ni même ne gèrent forcément les mêmes fonctions. L'hémisphère gauche est par exemple dominant, concernant la production du langage.