Cours : Psychologie différentielle, définitions et caractéristiques



La psychologie différentielle est la branche de la psychologie dont le but est de caractériser les différences psychologiques entre les individus. Elle tire son origine de la psychologie expérimentale. De par sa méthodologie et son objet d'étude, la psychologie différentielle est la base de la psychométrie, la science étudiant les techniques de mesure utilisées en psychologie, ainsi que leur validité, établissant des liens entre mathématiques et psychologie afin de donner une légitimité et une objectivité à la science de l'esprit.

Huteau ( 1995 ) : la psychologie différentielle se propose de décrire et d'expliquer au moyen de méthodes objectives les différences psychologiques des individus.
Cooper ( 1998 ) : c'est une branche de la psychologie qui étudie en quoi et pourquoi les individus différent d'un point de vue psychologique. Elle comprend la mise au point d'outils et l'utilisation de méthodes particulières.
L'essence même de la psychologie différentielle, ainsi que son nom le suggère, est d'étudier en quoi, pourquoi et comment diffère l'esprit de tout un chacun, de celui des autres. Elle étudie pour cela, tant les individus que des groupes d'individus partageant des caractéristiques communes (par exemple, hommes vs femmes, enfant de 8 ans vs enfant de 9 ans, ...). Surtout, elle se donne pour objectif de limiter l'impact des références théoriques (psychanalytique, cliniques, biologiques, sociales...) par l'utilisation d'une méthodologie puissante et stricte, donnant naissance à des conclusions concrètes, dont éventuellement, d'autres disciplines pourront se préoccuper de les interpréter.

Quand on parle de différences du point de vue psychologique, on évoque :
  • Les différences inter-individuelles, c'est-à-dire, s'appliquant aux individus variants au sein d'un même groupe. Il s'agit de différences intra-groupe, susceptibles d'être généralisée à l'ensemble de la population. C'est par exemple, les mesures de Quotient Intellectuel : le QI diffère pour les individus d'un même groupe.
  • Les différences intra-individuelles, chez un même individu, car l'état d'esprit d'un même individu, peut varier dans le temps. On parle également de chronopsychologie. Par exemple, des épreuves de mesure d'anxiété passées le matin, le midi et le soir présentent entre elles des différences. Chez un même individu, plusieurs facteurs sont usceptibles de faire varier l'état psychologique, lors de deux passations d'un seul et même test.
  • Les différences inter-groupes : les groupes de personnes partageant des caractéristiques communes, peuvent avoir des résultat différents à un même test, par exemple, à cause de cette caractéristique partagée. Étudier les différences inter-groupe revient à apporter de l'information sur cette caractéristiques commune. Par exemple, on peut comparer un groupe de schizophrène avec un groupe de patients non schizophrènes, un groupe de non-anxieux avec un groupe d'anxieux...
Les travaux les plus anciens et nombreux ont été réalisés au niveau des différences inter individuelles et intra-groupes. L'essor de la psychologie sociale et son lien avec la psychométrie et la psychologie différentielle, ainsi que les études cliniques comparant malades et sujet sains, ont donné par la suite un élan de recherche visant les différences intergroupales.

La psychologie différentielle étudie les différences psychologique dans plusieurs domaines :
  • Le domaine cognitif, concernant toutes les grandes fonctions cognitives. Par exemple, des études se portent sur la mémoire, car tout le monde ne mémorise pas pareillement… Le domaine cognitif regroupe tout ce qui relève du traitement de l'information, c'est-à-dire  : perception (acquisition, intégration), traitement proprement dit, puis stockage (mémorisation) et restitution (rappel, changement de comportement, etc...). Langage, mémoire, intelligence, attention... sont des sous-domaines étudiés.
  • Le domaine de la personnalité (domaine conatif), la conation équivaut à la personnalité : ce sont toutes les caractéristiques psychologiques qui concernent le contrôle, le déclenchement des comportements, les émotions, les affects,…
La psychologie différentielle entretient des liens étroits avec d'autres branches de la psychologie, notamment et notablement :
 
La psychologie clinique : la psychologie différentielle élabore les tests dont se serviront les psychologues cliniciens avec des buts appliqués d'amélioration, de soin, de prévention, d'évaluation... La majorité des tests utilisés en psychologie clinique relèvent d'une logique de psychologie différentialiste.

Les psychologues cliniciens et différentiels étudient le domaine de la personnalité, mais se différencient sur l'utilisation faite des tests, car le différentialiste les utilise dans une perspective de recherche comparative. Le clinicien fait quant à lui une utilisation pratique, relativement personnelle et individuelle, des tests mis au point en psychométrie.

La psychologie cognitive : psychologues cognitivistes et différentiels ont une approche similaire : ils comparent des groupes, leur domaine d'étude est celui de la cognition (traitement de l'information), il est fait utilisation de méthodes objectives et d'approches basées sur les mathématiques. Les statistiques sont d'autant plus importantes qu'elles permettent de généraliser des résultats.

Cependant, la psychologie cognitive établit des règles générales de fonctionnement psychologique, tandis que la psychologie différentielle pointe les différences, et cherche donc à préciser ces règles générales selon qu'on a affaire à tel ou tel individu ou groupe d'individu. Cette différence d'approche entraîne des différences au niveau des méthodes : la psychologie cognitive compare des situations et démontre des effets de variables sur l'ensemble des individus, les sujets sont choisis aléatoirement, de telle sorte que les sujets différents se "compensent". La psychologie cognitive fait en sorte que les différences individuelles n'aient justement aucune influence sur les résultats, afin de tirer des conclusions applicables à tous. La psychologie différentielle choisit au contraire ses sujets en fonction de leurs caractéristiques individuelles, elle compare des individus différents placés dans des situations identiques. C'est cette fois-ci la situation qui doit être contrôlée, afin qu'émergent les effets des différences inter-individuelles. Ces deux logiques sont tout à fait complémentaires.