Cours : Théorie de la personnalité selon H. Eysenck



Après le séisme théorique provoqué par la théorie de la personnalité de Cattell, Hans Eysenck développe sa propre théorie de la personnalité, se référant aux connaissances biologiques de son époque (années 1950). Il donne ainsi naissance à un modèle relativement simple et pratique, décrivant la personnalité sous deux grands traits structurants principaux.

Théorie de la personnalité selon Eysenck

Eysenck envisage une approche similaire à celle de Cattell, en ce qui concerne les traits : la personnalité, concept globalisant, se décompose en facteurs structurants, déterminant chacun un aspect de la dimension conative. Pris ensemble, ils forment l'organisation sur laquelle repose ce que l'on a coutume d'appeler "Personnalité". 

Néanmoins, Eysenck va choisir un point de départ différent, en partant des écrits déjà existants, relatifs à la personnalité. Il travaille ainsi sur des rapports cliniques, des études scientifiques, des recherches sur les dimensions psychologiques... et essaie d'en tirer la description des grandes invariances de la personnalité. On décrit par analogie, l'approche de Cattell comme assimilable au processus de bottom-up (hypothèse lexicale), celle de Eysenck, au processus de top-down (voir : Perception et processus perceptifs). 

Modèle d'organisation de personnalité selon Eysenck
En 1947, il propose une première théorie descriptive de la personnalité, qui selon lui, comprend deux traits généraux, l'extraversion et le névrosisme (instabilité émotionnelle). Ces deux traits sont bipolaires et indépendants, chacun définit en fait une direction, une échelle sur laquelle les différents traits secondaires peuvent prendre une certaine valeur (très extraverti, peu extraverti, neutre, très introverti...). Ces deux facteurs seraient les structures essentielles sur lesquelles repose l'ensemble de nos traits de personnalité, tels que le caractère anxieux (beaucoup d'introversion et une valeur élevée d'instabilité émotionnelle) ou le caractère enjoué (extraversion forte et stabilité neutre).

Dans les années 70, lors de ses travaux les plus récents, Eysenck rajoute un 3ème facteur, le psychotisme : des sujets froids, personnels (égoïstes) et hostiles ont une note haute à ce trait, les personnes chaleureuses ont une note basse.

Applications et implications

A partir des deux traits primaires, Eysenck construit une épreuve de "mesure" de la personnalité, l'E.P.I. (Eysenck personnality inventory), en 1971. Cette épreuve comporte 57 questions, dont 24 mesurent le névrosisme, 24 la stabilité émotionnelle, et 9 qui permettront de mesurer une autre échelle.

dans cette épreuve, le sujet lui-même est amené à s'auto-évaluer, ce qui pose un problème d'objectivité, et un autre de trucage des réponses…. Ainsi 2 grandes tendances ont été relevées, qui sont connues pour biaiser les réponses :
  • Tendance à l'acquiescement : les sujets, lors de questions ambiguës, ont tendance à répondre "oui" au lieu de "non". selon le type de questions, on pourra déterminer qu'un sujet est prudent, pessimiste... Mais cela relève d'une analyse qualitative peu rigoureuse. Et surtout, cela fausse la validité des réponses en fonction de composantes du sujet, n'ayant rien à voir avec la personnalité.
  • Tendance à la désirabilité sociale : les sujets ont tendance à fournir au possible une image favorable d'eux-mêmes, compte-tenu de certaines valeurs ou jugements. Là encore, on aura accès à des réponses mettant volontairement sur une marche supérieure, le répondant.
Plusieurs techniques ont alors été développées pour permettre de contrôler ces biais, sous l'apparence de "questions piège", renvoyant par exemple à un comportement peu désirable mais habituel (qui permet de vérifier que le sujet répond avec justesse ou selon un degré plus ou moins fort d'exactitude). L'ensemble de ces items s'appelle Items de mensonge

Une grande partie de la théorie de Eysenck parle des traits de personnalité, mais cet auteur s'est également beaucoup intéressé à des hypothèses explicatives, de nature biologique, pour envisager de décrire les bases de la personnalité. Il essaie ainsi de mettre sa théorie en correspondance avec des systèmes, structures biologiques, qui selon lui, sont impliquées dans le développement des traits.

Concernant par exemple le névrosisme, Eysenck considère que ce trait de personnalité présente un lien fort avec l'activité du système limbique, reconnu à l'époque comme étant le siège des émotions.

L'extraversion, quant à elle, renvoie à des sujets particulièrement agités, qui ont une augmentation de leur activité (et au contraire, des sujets introvertis auraient tendance à avoir une baisse générale d'activité cérébrale). L'hypothèse qu'il formule est en rapport avec l'activité électrique corticale, son "niveau d'éveil", dont on connait des liens avec la formation réticulée. Eysenck formule donc les hypothèses suivantes :
  • Un niveau d'éveil cortical modéré correspondrait à une expérience plaisante, agréable pour le sujet. L'activité trop forte ou trop faible correspondrait à une expérience déplaisante.
  • Le fonctionnement de la formation réticulée activatrice agirait à des taux différents chez les extravertis et les introvertis : les introvertis auraient un niveau de base, un taux d'activation (seuil) plus élevé que les extravertis, pour ressentir une expérience agréablement. Ils ressentiraient donc moins d'expérience agréables.
Or, de nombreuses données recueillies à l'électro-encéphalographie semblent corroborer ces hypothèses, tandis que d'autres les infirment. Les données EEG montrent ainsi :
  • une tendance à observer cette relation de l'extraversion et de la formation réticulée activatrice. 
  • cette tendance se montre malheureusement peu stable d'une étude à l'autre. 
  • elle est également très variable en fonction du contexte.
Les théories d'Eysenck rejoignent les théories héréditaristes, on observe donc les mêmes problèmes et critiques, concernant les résultats, que ceux que l'on a observé dans les expériences sur l'intelligence (influence de l'hérédité et du milieu chez les jumeaux). Les corrélations sont faibles, la théorie tient très peu compte du rôle de l'environnement. C'est pourquoi à la suite d'Eysenck, les expérimentations et études actuelles se font de plus en plus en référence à un contexte particulier.