Cours : Théories de l'Intelligence en psychologie différentielle



Les premiers grands sujets de débat et de recherche en psychologie différentielle, furent la nature des aptitudes mentales et de l'intelligence. Au fil des ans et des auteurs, avec la mise au point de techniques d'analyse spécifiques à la mesure des ces capacités, plusieurs découvertes ont permis d'avancer des théories de l'intelligence qui, encore aujourd'hui, ont un impact profond sur la façon dont on conçoit les performances cognitives individuelles.

Dès le début du 20ème siècle, plusieurs psychologues et mathématiciens ont souhaité se pencher sur le problème de l'intelligence : qu'est-elle? Comment se décompose-t-elle? comment est-elle structurée? L'un des premiers auteurs à avoir apporté une réponse théorique basée sur l'expérimentation, Spearman (1904) est aussi le premier à avoir mis en évidence l'existence d'une intelligence générale, globale, malgré les différences inter et intra-individuelles.

Théorie factorielle de l'intelligence

Spearman, psychologue anglais, est ainsi parti des différences individuelles pour faire émerger ces aptitudes mentales. Grâce à la mise au point du formidable outil analytique que représente l'analyse factorielle, il essaie de dégager les dimensions fondamentales de l'intelligence, en étudiant des composantes de bases, que l'on associe communément à la faculté d'intelligence. 

Il réalise donc 6 épreuves différentes (vocabulaire, mathématique, représentation spatiale, reconnaissance des couleurs, des sons, capacité à suivre des instructions) qu'il fait passer à des enfants. Or, une analyse factorielle sur ces données révèle alors que toutes sont corrélées! Bien qu'on puisse être spécialisé dans telle ou telle composante (verbale, arithmétique...), il faut se rendre à l'évidence : un enfant qui est bon dans une des épreuves, a davantage de probabilité d'être bon dans les autres, et inversement.

Spearman introduit alors la notion de facteur g, qui renvoie à une conception unitaire de l'intelligence : l'intelligence est un phénomène global, qui décrit une partie des performances de chacun à des épreuves explorant les capacités et activités mentales. Si l'analyse factorielle rend compte d'une corrélation entre toute les épreuves, cette corrélation n'est cependant pas pure, et chaque aptitude possède une part d'indépendance vis-à-vis des autres. Il introduit donc également la notion de facteur spécifique, et conclue qu'il en existe 1 par épreuve. 

Le facteur g, selon lui, est une énergie mentale dont la quantification est variable d'un individu à l'autre : c'est la capacité à établir des relations logiques et à les appliquer. L'épreuve qui saurait le mieux estimer le facteur g - l'intelligence générale -, serait l'épreuve des matrices de Raven (sous sa forme PM 38 - progressive matrice, 1938). Les aptitudes testées ne sont pas vraiment verbales, elles ne font pas intervenir de connaissances, mais font intervenir la logique, le raisonnement, les aptitudes spatiales, particulièrement corrélées avec le facteur g. Néanmoins, si l'existence d'un facteur d'intelligence générale n'a jamais réellement été contredit depuis, cette vision de l'intelligence semble très réductrice.

Théorie multifactorielle de l'intelligence

Avec la même logique, Thurstone, psychologue américain, propose en 1938 une théorie radicalement différente de celle de Spearman : il créé une batterie de 60 épreuves différentes (dont certaines ont tout de même des points communs, par exemple des épreuves de vocabulaire et de syntaxe) puis les fait  passer à 200 étudiants universitaires. Il calcule la matrice de corrélation et effectue une analyse factorielle. 

Le premier résultat déboussolant, est qu'il ne trouve pas de facteur g. Le second, est qu'il trouve en fait 7 facteurs différents, qu'il nomme : P vitesse perceptive, N numérique, W fluidité verbale (produire vite), V verbal, S spatial, M mémoire et R raisonnement. Ces facteurs sont orthogonaux (indépendants les uns des autres - on dit des facteurs indépendants qu'ils sont orthogonaux car en représentation graphique de matrice à 7 dimensions, chaque vecteur représentant un facteur est perpendiculaire aux autres). Thurstone donne ainsi naissance à une théorie multifactorielle de l'intelligence, qui crée avec la théorie factorielle de grands débats entre anglais et américains.

On peut cependant émettre des hypothèses explicatives à ces différents résultats : les échantillons ne sont pas pareillement composés, puisque dans le cas d'un facteur g, les sujets sont des enfants, en phase d'apprentissage général. Dans le cas des facteurs multiples, les sujets sont des étudiants, qui ont eu le temps de se spécialiser ou de s'habituer à certaines aptitudes...

Développements

Par la suite, Thurstone reprend ses calculs, les affine et augmente le nombre de facteurs spécialisés (jugement, créativité, intelligence sociale…). Il trouve finalement 20 aptitudes mentales, qu'il nommera PMA (primary mental abilities). Pourtant, il se rend compte que les épreuves des PMA permettent de mesurer le niveau sur 5 PMA différentes, cela ne donne donc pas un seul score, ni 20, mais 5 : l'intelligence est composée d'aptitudes indépendantes, mais en nombre finalement limité.

Avec le travail de Vernon (1952), on va envisager des liens possibles entre facteurs, et un modèle hiérarchique qui réconcilie les deux théories : un facteur G global explique une part des variations, tandis que deux facteurs primaires (verbal-éducatif et spatial-moteur), eux même décomposables en PMA de second ordre, expliquent une autre part des variations. Certains facteurs ultra-spécifiques et indépendants, de second ordre, expliquent quant à eux les variations d'habiletés que l'on conçoit comme intelligentes, sans pour autant qu'elles ne soient corrélées avec les 2 aptitudes mentales primaires (selon l'appellation de Vernon, V-E et S-M), mais un peu corrélées avec le facteur g.

Horn et Cattell démontrent en 1966 que les PMA sont corrélées entre elles, d'où la présence de ce facteur g, et de 5 PMA de second ordre. Ils introduisent les concepts d'intelligence cristallisée, gc (correspondant aux connaissances, à la compréhension verbale,…) et d'intelligence fluide, gf (correspondant au raisonnement pur, aux aspects abstraits et indépendants des connaissances, qui se mesurent donc à l'aide d'épreuves de raisonnement non-verbales).

De nos jours, on admet que l'intelligence est générale mais que l'individu développe des capacités spécifiques, on adhère surtout à la théorie multifactorielle, et on considère également d'autres aspects négligés auparavant, tels que l'intelligence sociale (capacité à comprendre autrui) comme étant très importants.