L'évaluation du langage chez l'enfant



Lorsqu'un enfant présente un trouble du langage directement décelable, il faut en évaluer l'ampleur et en déterminer la nature, afin de répondre à certaines questions cruciales. Y-a-t-il un retard d'apprentissage? Peut-il être rattrapé spontanément ou faut-il intervenir? Dans le cas d'une intervention, quel type d'intervention doit-on envisager? L'évaluation doit se faire rapidement - si possible en une seule consultation.

L'évaluation se pratique à l'aide de tests qui nous renseignent sur les points essentiels du langage, estimant à quelle hauteur ces points s'écartent de la norme (une population de référence d'enfant du même âge). Il est absolument nécessaire de maîtriser ces tests avant de les faire passer. D'une part pour bien en comprendre les intérêts et les limites, d'autre part parce qu'il est exclu de se poser des questions sur la passation en face de l'enfant.

Création d'un test de langage : quels éléments évalue-t-on dans le langage ?

Sous-systèmes langagiers

Le langage est une fonction cognitive supérieure présentant de nombreuses composantes qu'il faut connaitre pour bien savoir ce que vise tel ou tel test. En pratique clinique, certains tests globaux sont couramment utilisés et testent certains aspects du langage, mais il est nécessaire de ne pas s'en contenter.

C'est par exemple le cas de la WISC (Weschler pour enfants), grâce à laquelle on peut calculer un QI de performance et un QI verbal, et ce dernier, via des épreuves de type "Information" ou "Compréhension", par exemple : "où se couche le soleil?"). Certaines questions sont cependant très difficiles, présentant des difficultés supplémentaires sur un plan n'appartenant pas forcément au langage (exemple : "quel point commun entre l'eau et le sel? -> ce sont des éléments constitutifs du vivant". Dans de tels cas, un enfant peut ne pas répondre, non à cause d'un problème langagier, mais parce qu'il ne connaît simplement pas la réponse. 

Il ne faut donc pas perdre de vue ce qu'est la WISC et plus généralement, ce que sont les tests d'aptitudes similaires. Les tests d'intelligence n'ont pas pour visée, et ne peuvent effectivement pas évaluer le langage. Tout au plus, ils en évaluent quelques restreintes composantes telles que la qualité et la taille du lexique, ce qui ne revient qu'à étudier le vocabulaire de l'enfant.

On utilise donc des tests spécifiques, caractérisant au mieux des sous-systèmes définis :
  • 1er niveau : langage phonologique (phonèmes, sons,…)
  • 2ème niveau : langage morpho-lexical (vocabulaire,…)
  • 3ème niveau : langage morpho-syntaxique (syntaxe, grammaire,…)
  • 4ème niveau ; langage pragmatique (ironie, langage non-transparent,…)
  • 5ème niveau : discours (structuration du discours de l'enfant)
On peut étudier le langage sous deux angles : 

1/ En étudiant le langage spontané de l'enfant, sans consigne et par l'entretien : le psychologue parle, écoute et évalue le langage en situation, par exemple, de jeu, et ce sans perdre de vue qu'il doit évaluer et décrire les 5 composantes citées ci-dessus. Il s'agit bien évidemment d'un exercice ardu, qui ne s'improvise pas, à moins de s'être spécialisé dans cette voie. 

Il existe cependant des tests relativement standardisés, mais qui laissent de la liberté à l'enfant : par exemple, le jeu des bains des poupées de Chevrier, Muller, Simon, Lenormand & Fournier, test dans lequel l'enfant est placé dans une situation de jeu. Ce test se décompose en  4 phases ayant chacune un objectif. Le but est de mettre l'enfant à l'aise, d'évaluer son vocabulaire, sa compréhension (verbes d'action comme "passe-moi…", "lave…",…, les phrase interrogatives,…), sans perdre de vue le but de l'entretien, encore une fois. 

2/ On peut également proposer des épreuves (chacune évalue une des composantes) standardisées et étudiées/créées dans le but de l'évaluation des sous-composantes langagière de l'enfant. Bien que ces épreuves, dans le cas d'enfants jeunes, notamment, présentent quelques écueils (difficultés de concentration de l'enfant, passation pas toujours évidente, par rapport à celles faites avec les adultes), elles simplifient néanmoins nettement la passation pour les psychologues non-spécialistes. En outre, et ce n'est pas un point négligeable, les mesures sont plus précises et relativement objectives. C'est donc une méthodologie appréciable, tant pour les psychologues non spécialistes, que pour les initiés.

Fonctions langagières

Le langage se subdivise, sur le modèle de la théorie de l'information, en deux fonctions principales : la production (on émet le langage, par la parole, l'écriture...) et la compréhension (on reçoit le langage : écoute, lecture). Chacune de ces grandes fonctions présentent plusieurs composantes qu'il peut être nécessaire d'évaluer.

1/ Les types de production

Produire du langage revient à aller de l'idée à la réalisation vocale par des mots prononcés (lexèmes). Ce cheminement, de la conscience à la prononciation peut être testés par :
- la production provoquée immédiate (souvent imitation) : on peut demander à l'enfant de répéter. On évalue ainsi l'articulation de l'enfant, et les capacités de langage. Très facile à passer. Les épreuves testant cet aspect sont très faciles à passer, et rapides.
- la désignation et le complètement d'énoncé : on commence une phrase et l'enfant la finit. Ce type d'épreuve est facile à corriger, on peut donc facilement observer les erreurs. Le problème est que si l'on évalue le niveau de production, on évalue aussi forcément le niveau de compréhension.
- le langage spontané. Comme nous l'avions précisé peu avant dans cet article, il faut hélas vraiment de bonnes connaissances psycholinguistiques pour analyser au jugé et à la volée, le langage spontané. 

2/ Les types de compréhension

La compréhension du langage désigne une série d'opérations qui nous permettent, d'après l'énoncé, de retrouver l'idée de départ. On dénombre et évalue généralement 4 types principaux de compréhension :
- Perception brute de la parole : un enfant peut confondre des phonèmes, ne pas en reconnaître certains... Cette compréhension est élémentaire est vise non pas le sens du message, mais sa forme elle-même. Si la perception brute de la parole est altérée (c'est-à-dire, si l'enfant a déjà des difficultés de base à saisir la structure élémentaire du langage), il est évident que n'importe quelle autre compréhension le sera également.
- Analyse morpho-syntaxique et lexicale : cette analyse vise à évaluer la compréhension par l'enfant, des mots et des liens qu'ils entretiennent (négations, verbes, noms, etc...). Avant même de comprendre le sens d'un discours, l'enfant doit comprendre les unités lexicales qui le composent.
- Compréhension linguistique (liée au lexique) : à partir de quelques mots seulement (arbre, chat, mémé,…les mots les plus importants et significatifs), un enfant capable de compréhension linguistique peut déduire le sens d'une phrase, du message, du discours.Cela ne se borne pas à comprendre phrase par phrases, mais également à comprendre les liens de ces phrases entre elles (ou à l'intérieur des phrases, les liens entre les propositions), afin de tirer la signification émergente du discours dans son ensemble, en lien avec ses détails.
- Compréhension para-verbale et contextuelle : le langage n'est pas seulement du texte ou de la parole (voir : langues et langage), on peut deviner le sens du message à partir du contexte ou de l'intonation du locuteur, ou au moins, à partir de ces éléments, ajouter de l'information aux paroles entendues ou au texte lu. Les informations contextuelles et para-verbale permettent d'affiner la compréhension d'un discours (parfois, jusqu'à lui donner un sens inverse, comme dans le cas de l'ironie), ou de donner de la valeur informative aux paroles - aspect qui participe grandement à la compréhension globale.

Rappel : principes de mesure et qualité des tests

Le test est une épreuve standardisée (mêmes consignes et conditions) et normalisée servant à comparer les performances d'un sujet à un groupe de référence. Chaque test présente 3 caractéristiques principales : Sa validité (ce que le test mesure est ce qu'il est sensé mesurer), sa fidélité (stabilité des résultats obtenus avec le test, dans le temps), et sa sensibilité (un test doit être assez discriminant pour que le score obtenu ait une signification!)

Les difficultés liées aux tests du langage chez l'enfant

En théorie, chaque test possède ces caractéristiques. Mais chaque test présente également, en pratique, des difficultés sporadiques ou systématiques. Il existe quelques problèmes majeurs.
- Généralement, un test se fait dans un temps imparti, il y a donc un temps nécessaire pour passer le test et un temps qu'il ne faut pas dépasser. Il faut donc, en premier lieu, prévoir le temps nécessaire à la passation pour que le test ne soit pas arrêté en plein milieu de la passation. Il faut également prendre en compte le fait qu'un enfant se fatigue ou se déconcentre davantage, et plus vite, qu'un adulte. 
- Il faut toutefois arrêter la passation du test au moment opportun (généralement après 3 essais consécutifs soldés par un échec). Dans le cas d'épreuves visant un seuil (par exemple, jusqu'à quel niveau de difficulté de grammaire l'enfant comprend), les items doivent donc être classés par ordre croissant de difficulté. 
- Il faut un nombre d'items supérieur au nombre de variables observées (pour les évaluer au mieux) sans pour autant que ce nombre d'items présentés dans le texte ne soit trop important - ce qui rallongerait beaucoup trop la passation, sans forcément ajouter de l'information pertinente - voire même en faussant les résultats.