Tests d'évaluation du langage chez l'enfant



Les exemples suivants de test d'évaluation du langage prennent modèle sur la réflexion quant au rôle des tests pour estimer les caractéristiques langagières de l'enfant. Comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, l'évaluation du langage ne peut se contenter de tests généraux d'aptitudes, qui, malgré le recours à des sub-tests du langage, ne sont pas à même de définir et préciser quelles composantes du langage sont déficitaires, chez un enfant présentant un trouble du langage.

Il faut donc recourir à des tests spécifiques et spécialement conçus pour évaluer chaque composante, et explorer pour chacune de ses composantes, les deux principales fonctions du langage, que sont la production et la compréhension.

L'évaluation du langage, composante par composante

Composante phonologique

- Capacité réceptive (Autesserre, Deltour & Lacert, 1989)

Epreuve de discrimination phonémique pour enfants de 4 à 8 ans (EDP 4-8). Les capacités réceptives sont nécessaires à la compréhension. Le test dure 10 minutes et se réalise à l'aide de bandes sonores. On présente à l'enfant des paires de mots ou non-mots, il doit lever la main quand les deux lui semblent différents. On note le nombre de jugements corrects. L'intérêt réside dans l'analyse des erreurs de l'enfant, dont on peut par exemple conclure s'il différencie les mots par les phonèmes, les syllabes, etc.

- Capacité de production (Borel, 1969)

Logatomes de Borel-Maisonny. On présente à l'enfant des logatomes (non-mots prononçables) de une ou plusieurs syllabes. Le test se compose de 6 listes de 7 à 10 items : d'une liste à l'autre, il y a davantage de syllabes (difficulté croissante). La tâche de l'enfant est la reproduction orale : on lui demande de répéter les items entendus. Un avantage de ce test est qu'il faut un minimum de connaissance (utilisation d'un alphabet international). Pour chaque item, la cotation est de 2 points (pas d'erreurs), 1 point (1 erreur - on en précise éventuellement la nature) ou 0 (incapacité). On arrête le test lorsque l'enfant aura un nombre d'échecs supérieur à la moitié des items dans une liste.

Composante morpho-lexicale

- Compréhension (A. Comblin)

Épreuve de vocabulaire réceptif : on présente 5 images à l'enfant et on lui demande de désigner l'image correspondant à ce que dit l'examinateur. il y a une bonne réponse (image-test correcte) et 4 distracteurs. Ce test permet d'évaluer le lexique sur le modèle des tests que l'on trouve habituellement dans les tests d'intelligence générale. L'intérêt de ce type de test est qu'il peut permettre d'évaluer la compréhension de mots, mais également d'expression ou de courtes phrases.

- Production

On utilise une tâche de désignation d'image : l'enfant doit dénommer un stimulus seul ou présenté avec d'autres éléments. Le problème de ce type de test, est de savoir quel nombre d'items est nécessaire pour évaluer le vocabulaire, qui dépend notablement de plusieurs facteurs tel qu'âge, éducation, milieu socio-culturel…

D'autres tests évaluent spécifiquement des sous-composantes de la compréhension lexicale ou de la production lexicale, comme le test des relations topologiques, qui évalue le lexique spatial (adverbes spatiaux tel que "près de", "derrière", "à gauche"...) ; comme il existe un nombre limité d'items (25 adverbes spatiaux et 1 adjectif), ce test est très précis.

Composante morpho-syntaxique

C'est la fonction la moins étudiée, compte-tenu de la difficulté à l'étudier seule : souvent, les épreuves sont incomplètes ou elles évaluent d'autres composantes en même temps, puisqu'il est souvent nécessaire de comprendre ou produire les unités élémentaires (telles que les éléments du lexique) pour aborder compréhension et production de phrases ou de discours.

- Compréhension

Les épreuves se déroulent généralement sous forme de jeu : on donne du matériel à l'enfant, et une consigne. Dans la batterie de test Épreuves pour l'examen du langage, il y a par exemple l'épreuve des canards, qui évalue cette composante morpho-syntaxique (2 canards qui marchent, 2 qui nagent …). L'examinateur teste les notions de quantité et de partition ("met un canard dans le bassin", "mets-en deux face-à-face",…). On évalue ainsi la compréhension de la syntaxe complète de la phrase.

- Production

Il y en a deux types selon les contraintes que l'on impose à l'enfant :
* contraintes fortes : par exemple, le test des déterminants (Deltour & Monseur) lors duquel l'enfant doit nommer des images. On s'intéresse à 4 articles, 12 substantifs et 14 adjectifs : les déterminants. On se centre sur l'étude du genre et du nombre, qui représentent des concepts nécessaires pour la production d'un discours correct et à valeur informative normale.
* contraintes faibles : par exemple, le test du récit sur image (issu des Épreuves pour l'examen du langage). On donne 5 images à l'enfant et on lui demande de raconter une histoire. Ce test est relativement libre et s'apparente à un test de langage spontané, quoique des items précis que l'on peut retrouver dans le discours, peuvent être quantifiés.

L'évaluation du langage spontané

Elle vise à d'évaluer l'ensemble des composantes, avec l'aide d'un codage quantitatif et qualitatif.
- quantitatif : on relève le nombre de mots, d'idées, de phrases, de petits mots (euh,…), la longueur moyenne des phrases, le nombre de mots dans la phrase la plus complexe. En fait, on mesure le débit de l'enfant.
- qualitatif : on analyse la justesse de composantes du discours, des phrases, telles que la structure des phrases, les temps utilisés, l'utilisation de pronoms, le genre, le nombre et les reprises (le garçon, il est…). On analyse toutes les erreurs que l'on peut relever et les liens entre les phrases ou entre les propositions. La qualité du langage repose à la fois sur le contenu et une bonne structure (liens corrects et informatifs, langage fluide...)

Tester le langage spontané n'est pas un exercice aisé, mais cela peut se révéler très utile (car rapide et non contraignant) dans le cas d'enfants difficiles, peu concentrés... ou pour une première approche des troubles du langage (qui permettrait éventuellement de choisir les tests à administrer)

En conclusion.

Les tests évaluant le langage sont arrivés tardivement par rapport aux tests d'intelligence. Ces derniers n'évaluent pas vraiment le langage. Les meilleurs tests dans ce but, sont ceux qui proposent des épreuves pour chacune des composantes et pour le langage spontané.