Le côté obscur et dangereux des psychothérapies



Certaines enquêtes et expérimentations laissent de marbres, certaines nous réjouissent. D'autres se présentent comme un glacial frisson qui nous parcoure l'échine. Celles qui suivent font partie de cette troisième catégorie. Pour peu que vous soyez du domaine de la santé et précisément du domaine de la psychologie, et que vous ayez un esprit relativement souple mais critique, attendez-vous à quelques surprises...

Dans l'article précédent (Manipulation mentale induite par la psychothérapie), nous invitions le lecteur à une réflexion quant aux méthodologies thérapeutiques dont certaines paraissent sortir d'un autre temps - et qui ont pourtant toujours cours actuellement - et quant aux théories étonnantes qui les sous-tendent. Si nous optons habituellement ici pour une tolérance bienveillante à l'égard de certaines pratiques et théories thérapeutiques que nous estimons, personnellement, limites, il est des moments ou nous ne pouvons rester de glace et de marbre.

Une première illustration des étrangetés - parfois scandaleuses - du milieu de la psychothérapie nous est donnée dans le livre "Suggestions of abuse: true and false memories of childhood sexual trauma" de M. Yapco (1992), publié chez Simon & Schuster (1994).

Yapco explique avoir relevé lors d'une enquête réalisée sur plus 800 psychothérapeutes (anglo-saxons), des croyances tout à fait étonnantes. Il note ainsi que :
  • 40% des thérapeutes pensent que même les souvenirs des premières années de vie sont encodés en mémoire et récupérables, et 40% pensent également que si l'on ne se souvient pas des premières années de vie, c'est par cause d'évènements traumatisants (plutôt que par simple cause d'amnésie infantile due par exemple aux simples données neurologiques - à savoir que le cerveau n'est pas suffisamment bien formé...).
  • 83% des psychothérapeutes pensent que l'hypnose permet de régresser virtuellement le patient vers un âge antérieur - et que l'hypnoe est par conséquent une technique utile.
  • 60% pensent qu'un évènement qu'un patient ne peut se remémorer a été refoulé (l'oubli ne semble pas exister...)
  • 47% d'entre eux pensent que des détails obtenus sous hypnose sont plus dignes de confiance que des détails obtenus par d'autres méthodes, par exemple, par régression cognitive
  • 31% pensent qu'un évènement décrit sous hypnose s'est forcément réellement produit.
La cerise sur le gâteau, c'est que 28% des psychothérapeutes pensent... que l'hypnose permet de retrouver des souvenirs de vies antérieures... Notons, puisque le sujet du dossier "Manipuler la mémoire" traite des faux souvenirs, que 16% des psychothérapeutes sont convaincus, malgré les expérimentations de Loftus, qu'il est impossible d'implanter de faux souvenirs chez un patient. Loftus a par ailleurs eu maille à partir avec certains de ses collègues qui qualifiaient son œuvre de conspiration...

On pourrait objecter que parmi ces psychothérapeutes s'en trouvaient de pseudos n'ayant rien à voir avec une bonne éducation en psychologie. Argument spécieux, car de fait, avec une moyenne d'âge de 44 ans, les psychothérapeutes participant à l'enquête présentaient environ 11 ans de pratique clinique, et un niveau d'étude correspondant au mastère, ou supérieur. C'est à se demander qui sont réellement nos collègues.

Notons également qu'une étude de Debra Poole et Stephen Lindsay (1994) montrait que :
  • 85% des psychologues américains affirment que certains de leurs patient ont d'abord nié avoir vécu des abus sexuels pendant l'enfance, pour ensuite, "reconnaître" et "se souvenir" de tels abus durant la thérapie. Connaissant la facilité avec laquelle la méthode thérapeutique peut induire des faux souvenirs, cela laisse songeur...
  • Plus de 3/4 utilisent des thérapies douteuses telles que la régression hypnotique vers le passé ou l'interprétation des rêves.
Une étude ultérieure montre que les anglo-saxons d'Europe semble moins touchés par les "thérapies paranormales".

Il y'a quand même de quoi se poser quelques questions, sachant qu'en France, l'un des derniers pays grand défenseur de la psychanalyse, les thérapies paranormales sont nombreuses, y compris et surtout dans le milieu médical. Les psychiatres, ne recevant en théorie que deux ans de spécialisations en psychologie, sont majoritairement initiés à la psychanalyse plutôt qu'aux approches thérapeutiques ayant fait leurs preuves... On apprenait également en 2008 que près de 3000 médecins pratiquait les méthodes de régression permettant de retrouver, par la suggestion notamment, les "souvenirs refoulés".

Cet article fait partie du dossier Manipuler la mémoire
5. Implanter de faux souvenirs par la suggestion verbale (Loftus et Palmer, 1974)
6. Manipulation mentale induite par la psychothérapie
7. Le côté obscur et dangereux des psychothérapies