Les plus jeunes sont de meilleurs témoins!



Une étude de l'université de Virginie suggère que les personnes plus âgées sont plus enclines à faire des erreurs de mémoire par cause de suggestion, et sont en plus beaucoup plus sûres que ces erreurs n'en sont pas! Elles ont en effet une confiance en leur mémoire plus importante que les personnes plus jeunes, même quand leur mémoire leur fait défaut...

Cette étude menée par Dodson & Krueger (2006) présente de sérieuses implications dans le domaine de la justice : les personnes âgées seraient des témoins moins crédibles que les personnes plus jeunes. L'étude, intitulée : "I misremember it well: Why older adults are unreliable eyewitnesses" publiée dans Psychonomic Bulletin & Review, met en garde à l'avenir : considérant que la population est vieillissante, il pourrait y avoir de plus en plus de jugements reposant sur des erreurs de témoignage...

Dodson et Krueger étudièrent les erreurs suggérées, provenant de l'implantation de faux souvenirs : il s'agit de souvenirs d'une personne à propos d'évènements suggérés, mais qui n'ont en fait jamais eu lieu. Contrairement à ce que l'on pense habituellement, implanter de faux souvenirs n'est pas très difficile.

Dans une série d'expérimentation, ces deux chercheurs montrent qu'une population âgée ou jeune peut développer de tels faux souvenirs, en se basant sur le visionnage d'une vidéo, et des informations apportées ultérieurement et insidieusement par l'utilisation d'un questionnaire d’apparence anodin. Les deux populations présente le même taux de faux souvenirs (qui ont été suggérés), mais les personnes âgées semblent plus promptes à faire ces erreurs avec une confiance accrue, tandis que les jeunes font ce type d'erreurs davantage lorsqu'ils ne se souviennent pas bien, ne sont pas sûrs de leurs réponses. De plus, les personnes âgées sont confiantes en leur mémoire et affirment avec conviction la véracité de ces (faux) souvenirs, tandis que les jeunes ont davantage tendance à remettre en doute ces souvenirs.

Lors de l'expérimentation, les sujets regardaient une vidéo de 5 minutes présentant un cambriolage et une poursuite en voiture. Un questionnaire de 24 questions était ensuite proposé aux participants. Parmi les 24, 8 questions suggéraient la présence d’éléments dans la vidéo, qui n'étaient en fait pas présent, comme la présence d'une arme à feu.

Avant de remplir le questionnaire, les participants étaient informés du fait que certaines questions comportaient des références à des éléments qui ne faisaient pas partie de la vidéo. Les participants devaient alors trouver lesquels. On leur demandait également de juger du degré de certitude de leurs réponses, pour chaque question.

Or, si le nombre d'erreurs aux questionnaires était similaire pour les deux groupes de personnes, les personnes les plus âgées montraient un degré de confiance supérieur, globalement, en leurs réponses, même si celles-ci se révélaient finalement fausses.

De précédentes recherches avaient montré que les personnes âgées ont davantage tendance à se "rappeler" d'évènements n'ayant jamais eu lieu, et à mal se rappeler des évènements ayant réellement eu lieu. Si le résultat peut paraitre évident, puisqu'il est admis que la mémoire des adultes devient moins performante avec le temps, cette étude précise que les erreurs viennent en partie du fait que les personnes âgées combinent moins bien les détails des évènements

La mémoire est en effet reconstructrice et non reproductive : lors d'un évènement, on encode en mémoire une trace de cet évènement, et par la suite, d'autres informations liées à cet évènement peuvent modifier cette trace. Il n'est pas toujours facile de se souvenir quel détail de la trace mnésique que l'on se remémore, provient de l'expérience directe ou de l'information qu'on a reçu par la suite (suggérée). Or, il semble que les personnes âgées soient moins en mesure que les jeunes, de séparer ces données. L'un des effets qui en résultent, est le haut degré de confiance que ces personnes âgées accordent à leurs souvenirs : elles ont l'impression que leurs souvenirs sont davantage formés par ce qu'elles ont vu ou perçu directement, et ne remettent pas ou moins en cause ces souvenirs.