L'amour altruiste, la garantie d'un mariage réussi?



L'altruisme pourrait conduire à être des plus heureux en ménage, selon une étude dirigée par Tom Smith, du National Opinion Research Center de Chicago. L'altruisme semble en effet aller de pair avec un mariage réussi, en plus de rendre plus heureux de manière générale.

Lors de cette étude, on demandait à des participants mariés ou non, s'ils étaient d'accord (pas du tout d'accord, pas vraiment d'accord, sans avis... tout à fait d'accord) avec certaines déclarations définissant l'altruisme, et l'amour altruiste, telles que : "Je préfère souffrir plutôt que de voir souffrir la personne que j'aime" ou "Je suis prêt à sacrifier mes propres désirs pour permettre à la personne que j'aime de réaliser les siens". On demandait également aux participants mariés d'évaluer la satisfaction de leur vie maritale, et de noter, sur une échelle fictive de plaisir/bonheur, la qualité de leur mariage.

La recherche s'est basée sur des données provenant d'enquêtes à domicile, menées tous les deux ans, avec le soutien de la National Science Foundation. Smith a utilisé les données de l'enquête de 2004, de 1.329 adultes, et l'a comparé aux résultats de 2002.

L'analyse des réponses révèle, entre autres choses, que les personnes présentant un amour altruiste sont les plus susceptibles de se considérer heureuses en ménage : parmi les amoureux altruistes, 67% ont évalué leur propre mariage comme étant très heureux. Seulement 50% des personnes peu altruistes considéraient leur mariage heureux.

L'amour altruiste pour franchir les rivières
Est-ce à dire que les gens altruistes sont plus susceptibles de vivre un mariage heureux? Pas tout à fait : comme souvent, l'étude explore des relations sans préciser la nature du lien entre les variables : il ne s'agit que de découvrir s'il existe un lien, mais il n'est pas possible d'en définir la teneur : est-ce l'altruisme qui rend la mariage heureux? ou le mariage heureux qui rend les gens altruistes? Dans ce type d'analyse de données, c'est généralement une troisième variable, ou d'autres variables "invisibles" qui entraînent les variations conjointes des variables observées.

Pour preuve, l'analyse de données révèle également que 40% des personnes mariées se trouvent dans la tranche supérieure concernant leur altruisme (40% des personnes mariées sont particulièrement altruistes), contre seulement 20% des personnes célibataires. Divorcés et séparés altruistes ne contiennent que 25% d'altruistes. Cela pourrait signifier que les personnes altruistes vivent un meilleur mariage, sont plus tolérantes... ou bien qu'un mariage heureux rend plus altruiste.

L'évaluation de l'altruisme lors de l'étude s'estimait à partir de nombreuses questions concernant notamment les intentions altruistes et les comportements effectifs, tels que le nombre de fois que l'on avait fait un don du sang, ce que l'on faisait avec de l'argent qu'une caissière nous aurait par mégarde donné en trop...

L'altruisme progresserait-il?

La comparaison d'autres résultats de cette étude avec une étude similaire, datant de 2002, suggère que les comportements altruistes augmentent : les personnes ayant des sentiments altruistes (tendresse ou compassion envers les personnes moins chanceuses, par exemple), seraient de plus en plus nombreuses (gagnant, entre 2002 et 2004, 5%, et passant ainsi à 75% de la population).

Smith explique que les disparités entre pauvres et riches augmentent et justifient une augmentation des tendances altruistes chez les personnes modestes, qui sont nombreuses... mais peut-être une diminution chez les personnes riches qui elles, sont peu nombreuses. Globalement, il y'aurait donc plus d'altruistes, même si vraisemblablement, ce ne sont pas les mieux placés pour l'être!

Concernant l'amour romantique (altruiste), son lien au mariage pourrait être aidé par une appréciation de l'amour reflétant l'idée d'un mariage comme un symbole de vie heureuse, tel que l'enseignent de nombreuses religions. L'étude montrait en effet que les personnes les plus altruistes, étaient également souvent les plus religieuses : les personnes qui prient chaque jour (fortement impliquées dans leur religion) effectuent en moyenne 77 actes altruistes par an, contre 60 pour les personnes qui ne prient jamais.

Les différences dans l'empathie

L'étude révèle également des disparités flagrantes entre hommes et femmes, ou entre sous-catégories d'hommes ou de femmes : le score d'amour altruiste, par exemple, est plus élevé pour les femmes au foyer que pour les femmes qui travaillent à l’extérieur de la maison. L'altruisme est également plus présent chez les personnes âgées et les personnes très éduquées.

L'altruisme est indissociablement lié à une caractéristique de la personnalité, l'empathie, qui représente la capacité à percevoir la souffrance, ou les sentiments d'autrui, et en quelque sorte, l'aptitude à se mettre à leur place. L'étude dirigée par Smith s'est attardée sur cette caractéristique, et révèle les résultats suivants :
  • Les femmes ont plus d'empathie que les hommes.
  • Les enfants élevés par une personne seule (plutôt que par un couple) ont moins d'empathie.
  • Les filles élevées par un père célibataire sont les moins susceptibles de développer de l'empathie.
  • La situation financière réelle n'a en définitive que peu d'effet sur l'altruisme et l'empathie (ce qui remet en cause une explication précédente).
  • Les personnes qui votent sont plus empathiques et altruistes.
  • l'empathie est plus élevée chez ceux qui craignent la criminalité.
  • L’empathie est également plus élevée chez les personnes qui investissent le plus d'argent pour des œuvres sociales.
Bien que descriptive uniquement, cette étude montre bien qu'il existent des liens entre le bonheur ressenti, la qualité de vie, et les caractéristiques et valeurs, portées par certaines institutions (religieuses, éducatives, judiciaires... ). Il apparaît ainsi que l'altruisme et l'empathie semblent fortement associés à une qualité de vie supérieure, suggérant, bien que cette conclusion ne puisse être définitivement avancée, que l'altruisme dans la vie quotidienne améliore nettement la satisfaction de soi et de ce qui nous entoure.