Les étranges bienfaits de l'altruisme sincère



Une bien curieuse conclusion ressort d'une étude longitudinale réalisée dans le Wisconsin, de 1957 à 2008. Les personnes volontaires pour des raisons extérieures à elles-mêmes (comme aider les autres, améliorer la vie dans sa commune, etc...) vivent plus longtemps que les personnes qui n'aident pas autrui. Et l'altruisme exprimé doit être sincère : les personnes qui en aident d'autres pour des raisons personnelles (améliorer son image vis-à-vis des autres, obtenir l'admiration d'autrui...) ne vivent pas plus longtemps que les personnes qui n'aident pas...

Est-ce-à-dire que le volontariat et l'altruisme sincère prolongeraient la vie? Le lien entre les deux se borne à une stricte association : les personnes altruistes, pour le bonheur d'autrui, vivent plus longtemps, sans qu'un lien de cause à effet puisse en être tiré.

Selon Sara Konrath, l'une des auteurs de l'étude, cette étrange association pourrait s'expliquer par le fait que les personnes sincèrement bénévoles, dans des associations, dans des groupes de soutien ou d'entraide... exercent une activité stimulante mais présentant également des facteurs de stress (comme le ferait un travail), tout en tolérant l'absence de rémunération. Leur principale motivation au bénévolat est indépendante de ces aspects relativement personnels : le bénévolat en lui-même et pour lui-même, est donc source de satisfaction et rend plus heureux celui qui se montre bénévole sans arrière-pensée, seulement dans le but d'aider. Or, il est largement admis que les personnes heureuses vivent plus longtemps que les personnes malheureuses, ou pas spécialement heureuses.

Les personnes bénévoles pour des raisons personnelles envisageraient par contre le bénévolat comme une sorte de travail dont ils espèrent tirer un bénéfice personnel. La situation ne changerait donc pas vraiment (au niveau psychologique) par rapport à un travail exercé pour gagner de l'argent.

L'étude, réalisé sur 10 317 personnes, s'est déroulée depuis l'année de leur graduation en 1957 jusqu'en 2008. En 2004, une enquête effectuée auprès des participants révélait que certains s'étaient portés volontaires pour des œuvres au cours des 10 dernières années. Parmi eux, lorsque l'on demandait les raisons de ce bénévolat, certains exposaient des raisons altruistes, d'autres des raisons plutôt centrées sur le bénévole. Or, il s'avère que sur les 2384 non-bénévoles, 4,3% étaient décédées dans les 4 années suivantes (entre 2004 et 2008). Seulement 1,6% des bénévoles altruistes étaient décédés dans le même temps. Les bénévoles non-altruistes (aidant pour des raisons personnelles) ont, sur cette période, un taux de mortalité similaire (4%) à celui des non-bénévoles.

S'il est difficile d'établir une conclusion sur la base de ces données, concernant l'effet du volontariat, plusieurs théories prétendent que l’altruisme sincère rend plus heureux, ce que certaines études confirment par ailleurs (voir : Dunn et al : dépenser pour soi ou pour autrui, qu'est-ce qui rend le plus heureux?). Ironiquement, si le bénévolat est justement conduit dans le but de se rendre plus heureux (forcer l'admiration, chercher la reconnaissance, etc...), les effets bénéfiques ne s'observent plus... 

Bien entendu, l'absence d'explication précise concernant l'association observée laisse perplexe. Peut être les personnes n'ayant pas été bénévoles au cours des 10 années précédents 2004 étaient-elles dans une santé précaire qui justifie qu'elles ne se soient pas déplacées pour aider autrui - et qui expliquerait alors un taux de mortalité plus élevé que les bénévoles. Cette théorie n'explique cependant pas pourquoi les bénévoles non altruistes ont un taux de mortalité similaire à celui des non-bénévoles...