La phobie des araignées pourrait-elle se développer... avant même la naissance?



Les phobies représentent un mal étrange dont on ne sait pas toujours s'il contient des composantes innées, ou développementales. Certains courants thérapeutiques (par exemple, cognitivo-comportemental) les considèrent comme de mauvais apprentissages que l'on peut inverser, certaines théories (par exemple, évolutionnistes) y voient la relique de peurs ancestrales inscrites directement dans le patrimoine génétique. De manière générale, on considèrent les sources de la phobie comme d'une part, héréditaire, d'autre part, issue du milieu. Une expérimentation réalisée dans les dernières années, présente une troisième alternative, en montrant que les comportements protecteurs face aux araignées pourraient se transmettre, de la mère à ses enfants, alors que ces derniers ne sont même pas encore nés!

La plus grosse des araignées, Theraphosa blondi
C'est ce qu'ont démontré Jon Storm et Steven Lima, deux chercheurs en biologie de l'Indiana State University, en étudiant la transmission générationnelle de la peur des araignées chez le cricket Gryllus Pennsylvanicus. Des mères cricket attendant une portée, étaient placées dans un terrarium avec une araignée-loup, dont les crochets étaient heureusement couverts de cire, de sorte que l'araignée puisse chasser les crickets, sans toutefois parvenir à les tuer.

Les mères soumises à ce stress ont donnée naissance à une tribu de crickets particulièrement réceptifs aux araignées, comme si la peur provoquée par les araignées, s'était transmise à la descendance in utéro : les enfants "phobiques" mis dans le terrarium avec une araignée montraient une tendance beaucoup plus forte à chercher un abri et y rester (à hauteur de 113% plus élevée) que des crickets dont la mère n'avait pas été exposée à une araignée. Face à une toile d'araignée ou des traces suspectes, les grillons phobiques stoppaient plus souvent : s'immobiliser est également un comportement prudent, permettant de ne pas attirer l'attention du prédateur.

S'il est encore difficile de déterminer la manière dont l'information se transmet de la mère à sa descendance, les auteurs pensent que la peur de la mère entraîne la production d'hormones qui vont modifier le développement nerveux des embryons. De telles modifications se rencontrent chez l'homme, confirmant le fait que des réponses comportementales aux évènements externes, comme par exemple, des réponses phobiques, pourraient tout à fait se trouver accentuées par les peurs de la mère enceinte.

Cette transmission d'information in utéro pourrait expliquer que des personnes dont la mère est phobique, ont davantage de risques de développer elles-même des phobies, donnant une nouvelle perspective sur ce que l'on attribue généralement à l'hérédité.