Les super pouvoirs du bébé : la détection et la compréhension des émotions



Depuis plus d'un siècle désormais, le bébé ne cesse d'étonner la recherche en montrant qu'il n'est pas un petit être vierge et sans ressources, mais dispose dès sa naissance de puissants outils pour décoder le monde qui l'entoure et apprendre à s'y adapter. Certaines de ses caractéristiques se perdent avec l'âge, mais représentent au moment de la naissance un incroyable potentiel digne des génies et des super-héros Marvel. Ainsi en va-t-il de la détection et de la compréhension des émotions : le bébé dispose d'une impressionnante capacité à lire sur les visages... Et pas seulement ceux des humains!

Compréhension télépathique?

A la naissance, le nourrisson ne dispose ni de la maîtrise du langage ni d'une capacité exceptionnelle à se mouvoir pour explorer le monde. Relativement fixe et démuni, il semble comme privé sensoriellement des contacts et des perceptions habituelles, auxquels il aura accès en grandissant. Mais il perçoit néanmoins le monde et voit personnes et objets bouger autour de lui, et commence l'apprentissage et le décodage des expressions, des paroles, des gestes, dès l'instant où il commence à voir et à entendre.

On sait que des personnes privées d'un sens deviennent parfois capables de compenser en développant et affinant leurs autres sens, parfois même, en développant des capacités latentes, comme les aveugles développant leur perception du son, des échos, afin d'en tirer les bénéfices de l'écholocalisation. Ainsi semble-t-il en aller avec les fonctions cognitives du nourrisson : n'ayant pas accès au langage (quoiqu'il commence dès 6 mois à comprendre le sens de certains mots), il apprend à décoder les signes non-verbaux avec une acuité exceptionnelle, lui permettant de percevoir les changements émotionnels et comprendre l'état mental des personnes qui l'entourent au point que certains scientifiques comparent ses performances à une lecture de l'esprit. 

C'est ainsi qu'Andrew Meltzoff et Betty Repacholi, deux chercheurs de l'Université de Washington, à l' Institute for learning and brain sciences, montrent en 2007[1] que des bébés de 18 mois seulement, sont capables d'ajuster leurs comportements en fonction des expressions émotionnelles d'adultes, même lorsque celles-ci ne les concernent pas directement (par exemple, lorsqu'un adulte est en colère contre un autre).

Émotions primales

Cette capacité se rapproche de la lecture à froid dont certains médiums s'inspirent. Elle est aussi à l'origine du développement de nos capacités à décoder les émotions et les états mentaux parmi notre entourage, exceptée que chez les bébés, elle semble se développer de façon inhabituelle : non seulement ils sont capables à un âge précoce, de percevoir et comprendre les émotions humaines, mais également celles d'animaux qu'ils n'ont jamais vu! Une étude[2] menée en 2009 indique ainsi que des enfants d'à peine 6 mois peuvent mettre en correspondance l'expression de jappements de chien avec des visages canins inconnus, qui leur sont présentés. D'autres études suggèrent qu'ils peuvent percevoir aisément les variations faciales de singes. Ils sont donc capables de percevoir les émotions même chez des animaux.

Il semble malheureusement que cette acuité diminue avec l'âge et notablement avec l'apprentissage du langage, qui apporte de nouveaux moyens pour décoder les pensées de l'entourage mais également, et paradoxalement, des moyens de tromper, de mentir sur ces émotions. En se basant de plus en plus sur ce langage, on tient de moins en moins compte des signes non-verbaux, et l'on perd progressivement la capacité à lire les émotions sur les visages.


[1] Repacholi, B.M., & Meltzoff, A.N. (2007).  "Emotional eavesdropping:  Infants selectively respond to indirect emotional signals".  Child Development, 78, 503-521.
[2] Flom, R., Whipple, H., Hyde, D., (2009). "Infants’ intermodal perception of canine (Canis familairis) facial expressions and vocalizations". Developmental Psychology, Vol 45(4), Jul 2009, 1143-1151. doi: 10.1037/a0015367