Plus de consommation, moins de bonheur.



De nombreuses études réalisées au cours des dernières décades montrent que l'argent ne permet pas d'acheter le bonheur, ni le matérialisme.  Les personnes qui donnent beaucoup d'importance aux richesses, au statut social, aux choses matérielles, sont plus sujettes à l'anxiété et la dépression, sont moins sociables, et sont moins heureuses de manière générale. Plusieurs aspects de la personnalité permettent ainsi de prédire, chacun à leur mesure, du potentiel que l'on détient, à être heureux dans la vie. Une nouvelle recherche montre cependant que le bonheur n'est pas qu'affaire de personnalité, mais également d'environnement.

Ainsi, selon, Galen Bodenhausen, quelle que soit notre personnalité, certaines situations nous poussent à adopter des comportements consuméristes (plus exactement, "de consommateur"), dont les conséquences sont néfastes pour notre ressenti personnel (et pour nos relations sociales). Le comportement de consommateur, c'est-à-dire, consistant à surévaluer les biens matériels, à chercher à se les approprier, à "penser" en terme non plus d'homme, mais de machine à consommer, conduit à se désengager socialement, donc à s'isoler, et à développer des affects négatifs tel qu'une méfiance d'autrui, de l'égoïsme...

Les auteurs de l'étude, publiée dans Psychological Science, ont réalisé trois expérimentations pour le montrer. Dans la première, des étudiants (groupe 1) étaient artificiellement ancrés dans un mode de pensée "consommateur", lorsqu'on leur exposait des images de produits de luxe (bijoux, voitures...), ou des mots choisis spécifiquement pour activer les représentations mentales liées aux valeurs de consommation (des mots dont la connotation évoque la consommation, tels que "acheter", "profiter", "argent"). Un second groupe d'étudiant (groupe contrôle) était par contre exposé à des mots à connotation neutre, ou des images sans rapport avec la consommation de biens matériels.

Des questionnaires leur étant administrés par la suite, révélèrent que le groupe d'étudiants soumis aux images de produits de luxe (ou aux mots connotant la consommation), s'estimaient plus dépressifs et anxieux, moins intéressés par les contacts sociaux, que les étudiants du groupe contrôle. Ils étaient également plus intéressés par des buts personnels que communs, tels que participer à des associations ou travailler à de grandes causes. La "mise en condition" de consommateur se révélait donc un moyen d'exacerber l'égoïsme et l'anxiété.

Dans une seconde expérimentation, des participants devaient remplir un sondage (deux type de sondages : un concernant les comportements consommateurs, un autre concernant le comportement citoyen) puis étaient invités à un exercice sur ordinateur, consistant à déplacer des mots affichés, vers on propre nom (ou au contraire, à les dissocier). Le groupe ayant eu à remplir le questionnaire "consommateur" réussissait mieux cette tâche lorsque les mots exposés à l'écran avaient un lien avec le comportement consommateur, suggérant qu'eux même, s'associaient davantage aux valeurs de la consommation (plus spontanément, donc plus rapidement).

La dernière expérimentation plaçait les participants dans une situation fictive, pour laquelle 4 personnes (dont le participant) se trouvaient en pénurie d'eau suite à la consommation excessive au point d'eau. Les personnes mise en condition de "consommateur", expliquaient davantage la pénurie par la mauvaise utilisation des autres, et se sentaient beaucoup moins responsables de celle-ci, se sentaient plus dignes de confiance dans la gestion de l'eau, que les autres membres du groupe. Aussi, concluaient les auteurs, le statut de consommateur semble diviser socialement, plutôt qu'unifier. La simple évocation, même, de ce statut présente ces effets négatifs.

Or, on se réfère souvent (dans les médias par exemple) aux personnes, de manière générale, en tant que consommateurs. Cette simple utilisation peut nous pousser à adopter un état d'esprit de consommation, et le lot d'effets pervers qui s'y attachent. Chaque évocation du statut de consommateur, chaque référence à un comportement de consommation, nous invite insidieusement à nous comporter de façon plus égoïste, moins confiante envers autrui.

Aussi, si le contexte exacerbe nos mauvais penchants, peut il être préférable d'éviter les stimulations néfastes (médias en général, publicités...), lesquelles ont tendance à nous amener à un mauvais ressenti personnel. Au contraire, un environnement neutre encourage davantage à plus de compassion, de sociabilité, d'autres états d'esprit beaucoup plus performants lorsqu'il s'agit de se sentir heureux.


Source originale : Consumerism and its antisocial effects can be turned off - on. Association for Psychological Science.