l'interview cognitive : l'ordre inversé des histoires



L'interview cognitive est une méthode d'interrogatoire et de témoignage mise au point en 1984 par une équipe de recherche composée de Geiselman, Fisher et leurs collègues, en vue de remplacer les méthodes investigatrices de la police, alors jugée peu effectives.


Cette méthode se base sur la remise virtuelle en situation du témoin, suivant quelques règles comme : ne pas interférer avec le témoin (éviter les éléments distracteurs), l'encourager à relever les détails, même insignifiants... Au fil du temps et de son utilisation, l'interview cognitive, utilisée d'abord pour permettre aux témoins visuels de raconter le plus correctement possible leur expérience, s'est vue appliquée dans diverses situations, et s'est vue ajouter des règles ou de nouvelles techniques.

Notamment, les avancées de la recherche en psychologie cognitive ont amené les enquêteurs à utiliser les techniques de l'interview cognitive dans leurs interrogatoires, afin de distinguer les éléments inventés du discours de suspects, des éléments réels. Une recherche menée par le Dr Aldert Vrij, en 2007 a permis d'introduire une nouvelle technique permettant d'estimer le degré de véracité d'un discours. Diverses techniques étaient auparavant utilisées comme indice : l'absence de contact oculaire, ou le mouvement intempestif sur la chaise...

La recherche part du principe que le mensonge sollicite davantage de ressources cognitives que de dire la vérité : lorsque l'on ment, il faut inventer certains éléments plutôt que de les chercher directement en mémoire. Il faut également mobiliser sa concentration pour s'exprimer de sorte à ne pas contredire les éléments inventés... Bref, cognitivement parlant, mentir demande davantage d'effort que de dire la vérité.

Une façon de rendre le conte de l'histoire d'un suspect (ou d'un sujet) plus difficile, est de rajouter volontairement de la charge cognitive, par exemple... en lui demandant de raconter son histoire à l'envers, c'est-à-dire dans l'ordre chronologique inverse. L'histoire à rebours demande davantage d'efforts et de concentration, et lorsque le suspect (ou le témoin) la raconte, s'il s'agit d'un mensonge, les erreurs sont plus fréquentes, les contradictions plus visibles, et le temps pour raconter l'histoire à l'envers (par rapport à la facilité avec laquelle on la raconte à l'envers s'il s'agit de la vérité) est plus long.

De plus, les ressources supplémentaires demandées lors de la restitution d'une histoire mensongère dans un ordre chronologique inverse perturbe la concentration : les indices de stress ou les signes habituellement révélateurs de mensonges sont alors plus accentués.

Si vous souhaitez donc déterminer si une histoire est un mensonge ou non, demandez donc à votre interlocuteur de la raconter dans l'ordre chronologique inverse. Ce n'est pas une technique sans faille mais vu son efficacité, celle-ci est de plus en plus utilisée en interrogatoire de police.